Par secteur

Santé

Relier activité de soins, ressources, qualité et équilibre financier sans réduire la santé à une logique de volume.

Lecture : 23 min

Le pilotage de la performance en santé consiste à relier les résultats financiers aux ressources mobilisées, à l’activité de soins et à la qualité du service rendu. Dans un établissement ou un groupe, augmenter l’activité ne garantit ni un meilleur équilibre économique ni une meilleure prise en charge. La direction financière doit comprendre les modes de financement, les contraintes de personnel et les capacités réellement disponibles. Cette fiche propose une méthode centrée sur les établissements de soins, à adapter à leur statut et à leur organisation.

01

L'essentiel en 30 secondes

Piloter un établissement de santé, c’est expliquer comment son activité de soins mobilise des ressources, génère des recettes et contribue à sa mission. Cette pratique rapproche la lecture financière de la réalité médicale et opérationnelle, sans confondre équilibre économique, qualité des soins et accès aux prises en charge. Elle s’applique aux établissements publics, privés ou associatifs, avec des adaptations selon leurs missions et leurs financements.

  • Relier activité et financement. Le chiffre d’affaires (CA) désigne les revenus issus des prestations vendues ; il ne représente pas nécessairement toutes les ressources d’un établissement, qui peut aussi recevoir des financements spécifiques. Le pilotage distingue les soins réalisés, leur valorisation, c’est-à-dire la traduction monétaire de l’activité selon les règles de financement applicables, les montants facturés et les sommes encaissées. La valorisation ne se confond ni avec le montant effectivement facturé ni avec les sommes encaissées. Ces étapes ne surviennent pas toujours au même moment et ne doivent pas être assimilées à une seule mesure d’activité.
  • Raisonner sur la capacité réellement utilisable. La capacité opérationnelle est le niveau d’activité que les ressources disponibles permettent effectivement d’assurer. Des lits installés ou des équipements présents ne suffisent pas : il faut aussi les équipes, les consommables et l’organisation nécessaires. Une hausse d’activité peut ainsi nécessiter des dépenses supplémentaires avant de produire des recettes, ou se révéler incompatible avec les moyens disponibles.
  • Décider avec plusieurs critères. Un indicateur de qualité des soins mesure un aspect défini de la sécurité, de l’efficacité ou de l’expérience de prise en charge. Il complète les mesures économiques, sans les remplacer. Une économie apparente doit être examinée au regard de ses conséquences sur les délais, les équipes et les patients ; inversement, une activité indispensable peut justifier un financement explicite même si ses recettes propres ne couvrent pas ses coûts.
02

Le problème que ça résout

Sans modèle partagé, la direction financière reçoit souvent des informations qui décrivent des réalités différentes. La comptabilité générale, qui enregistre les opérations et établit les états financiers, présente notamment des charges, consommations de ressources, et des produits, revenus reconnus, rattachés à une période ; le suivi de trésorerie, disponibilités permettant de régler les dépenses à leur échéance, retrace les encaissements et les décaissements. Les équipes de soins suivent des prises en charge, les responsables de personnel des effectifs et la facturation des dossiers. Chaque lecture peut être correcte, tout en restant insuffisante pour expliquer la situation d’ensemble.

Une activité difficile à traduire en ressources

Le mode de financement désigne la règle selon laquelle une activité ou une mission donne droit à des ressources. Selon l’établissement et les soins concernés, ces ressources peuvent dépendre de prestations, de forfaits, de dotations ou d’accords contractuels. Un forfait est un montant fixé pour un périmètre défini de prestations, de prise en charge ou de période, selon des règles données. Une dotation est une enveloppe de financement attribuée à un établissement ou à une mission selon des critères définis, sans correspondre nécessairement à la facturation de chaque prestation. Appliquer une recette moyenne unique à toute l’activité masque les différences de financement et de consommation de ressources. Deux services aussi actifs en apparence peuvent donc avoir des équilibres très différents.

Des capacités et des dépenses mal synchronisées

Les équipes nécessaires à la continuité des soins ne se redimensionnent pas instantanément avec l’activité. Une absence, une difficulté de recrutement ou une fermeture temporaire peut réduire la capacité utilisable sans réduire les dépenses dans les mêmes proportions. À l’inverse, préparer une ouverture de service peut augmenter les charges avant que l’activité ne démarre.

Des décisions prises sur une image incomplète

Le résultat comptable est la différence entre les produits et les charges rattachés à une période ; il ne correspond pas à la variation de trésorerie. Un établissement peut reconnaître des produits sans avoir encore encaissé les sommes correspondantes. Des retards de traitement ou des contestations de facturation peuvent alors créer une tension de trésorerie invisible dans la seule lecture du résultat.

La pratique fournit un langage commun pour distinguer un manque d’activité, une difficulté de financement, une contrainte de capacité et un retard d’encaissement. La réponse devient ciblée plutôt qu’une réduction uniforme des dépenses.

03

Comment ça marche

La mécanique consiste à construire une chaîne explicite entre activité, ressources, recettes et décisions. Elle ne suppose pas que toutes les prises en charge puissent être ramenées à un modèle identique.

  1. Définir les objets suivis. Choisir les établissements, services et catégories de soins utiles à la décision. Le référentiel est l’ensemble des codes et définitions communs utilisés pour identifier ces objets. Il permet de rapprocher les informations sans confondre des activités de nature différente.
  2. Mesurer l’activité pertinente. Retenir, selon le cas, des séjours, séances, actes ou journées, puis préciser les règles de comptage. Un inducteur est une variable opérationnelle qui explique une recette ou une consommation de ressources. L’activité peut être un inducteur, mais le temps de prise en charge ou l’ouverture d’une unité peut l’être aussi.
  3. Traduire les règles de financement. Séparer les recettes liées aux prestations des financements liés à une mission ou à une période. Pour chaque composante, préciser le fait générateur, c’est-à-dire l’événement qui justifie sa reconnaissance, et distinguer cette reconnaissance de la facturation puis de l’encaissement.
  4. Modéliser les coûts. Les coûts variables évoluent avec le volume d’activité dans le domaine étudié ; les coûts fixes restent stables sur une période et dans une plage d’activité données. La marge sur coûts variables se calcule ainsi : CA − coûts variables. Elle mesure la contribution aux coûts fixes, pas le résultat final ni la valeur médicale d’une activité.
  5. Comparer et décider. Le budget est la référence chiffrée approuvée pour une période. L’écart budgétaire est égal au réel − budget : une hausse de recette est généralement favorable, une hausse de coût généralement défavorable, sous réserve des objectifs de soins.

La construction du budget organise cette chaîne. La revue des résultats doit ensuite aboutir à une décision, un responsable et une date de suivi, plutôt qu’à une simple explication des écarts.

04

Exemple concret chiffré

Dans cet exemple entièrement fictif, un groupe de cliniques étudie une activité homogène de soins ambulatoires, prises en charge sans nuitée, sur un mois. Le financement dépend uniquement des prestations ; aucun financement complémentaire n’est inclus. Le coût variable unitaire, coût variable rapporté à une prise en charge, regroupe ici les consommables et les autres dépenses supposées proportionnelles au volume.

| Mesure | Budget | Réel | Écart réel − budget | |---|---:|---:|---:| | Prises en charge | 1 000 | 1 100 | +100 | | Recette moyenne par prise en charge | 200 € | 190 € | −10 € | | Coût variable par prise en charge | 60 € | 65 € | +5 € | | CA | 200 000 € | 209 000 € | +9 000 € | | Coûts variables | 60 000 € | 71 500 € | +11 500 € | | Marge sur coûts variables | 140 000 € | 137 500 € | −2 500 € | | Coûts fixes du périmètre | 100 000 € | 105 000 € | +5 000 € | | Résultat du périmètre | 40 000 € | 32 500 € | −7 500 € |

Vérifier les opérations

CA budgété = 1 000 × 200 € = 200 000 € ; CA réel = 1 100 × 190 € = 209 000 €. Coûts variables budgétés = 1 000 × 60 € = 60 000 € ; coûts variables réels = 1 100 × 65 € = 71 500 €.

Marge budgétée = 200 000 − 60 000 = 140 000 € ; marge réelle = 209 000 − 71 500 = 137 500 €. Résultat budgété = 140 000 − 100 000 = 40 000 € ; résultat réel = 137 500 − 105 000 = 32 500 €. Ce résultat est limité aux recettes et coûts présentés. Il ne constitue pas le résultat net du groupe, qui tient compte de l’ensemble des produits et charges du périmètre comptable du groupe, notamment des éléments financiers et des impôts sur le résultat applicables.

Expliquer l’écart

Avec une décomposition calculant d’abord le volume aux valeurs budgétées, l’effet volume, variation de CA attribuable au nombre de prises en charge, vaut (1 100 − 1 000) × 200 = +20 000 €. L’effet recette unitaire, variation attribuable à la recette moyenne, vaut 1 100 × (190 − 200) = −11 000 €. Total : +9 000 €, favorable pour les recettes.

La hausse des coûts variables vaut (100 × 60) + (1 100 × 5) = 11 500 €, défavorable. L’écart de résultat vaut 9 000 − 11 500 − 5 000 = −7 500 €, défavorable. L’activité progresse, mais le résultat baisse : il faut investiguer la recette unitaire, les consommations et les coûts fixes, tout en vérifiant la qualité des soins.

05

Mettre en œuvre : la méthode étape par étape

Le déploiement doit partir d’une décision à améliorer, pas d’une liste exhaustive de données à collecter. Un premier périmètre limité permet de tester les règles avant de les étendre.

  1. Cadrer les décisions et les responsabilités. Associer direction financière, responsables de soins, personnel et facturation. Définir les arbitrages attendus : capacité, organisation, achats ou financement. Livrable : une note de cadrage précisant le périmètre, les utilisateurs, les décisions couvertes et les limites du modèle.
  2. Inventorier les sources. Identifier les données d’activité, de comptabilité, de personnel, de facturation et de qualité. Documenter leur disponibilité, leur fréquence et leurs responsables. Livrable : un catalogue des sources accompagné des règles de confidentialité et des contrôles à effectuer.
  3. Construire les définitions communes. Fixer les unités d’activité, les dates de rattachement et les correspondances entre services. La comptabilité analytique répartit les recettes et les coûts selon des objets de gestion, comme les services ou les activités. Livrable : un dictionnaire de gestion et une table de correspondance avec la comptabilité.
  4. Établir le modèle de ressources. Distinguer coûts liés au volume, coûts de capacité et financements indépendants du volume. Les coûts de capacité sont les coûts nécessaires pour disposer d’un niveau donné de moyens, par exemple des locaux ou des équipes permettant l’ouverture d’une unité. Ils peuvent rester fixes dans une plage d’activité puis augmenter par paliers lorsque la capacité est étendue. Relier les horaires d’ouverture aux compétences nécessaires et aux remplacements. Livrable : des règles de calcul testées ; la planification des effectifs aide à structurer ce volet.
  5. Tester sur une période passée. Recalculer les recettes et les coûts, expliquer les différences avec les sources et faire relire les résultats par les équipes concernées. Livrable : un dossier de validation mentionnant les écarts résiduels et leurs causes.
  6. Organiser l’usage régulier. Fixer le calendrier de mise à jour, les validations et les décisions attendues. Livrable : un tableau de bord commenté et un registre des actions. Toute évolution de règle doit être documentée afin de préserver la comparabilité.

La réussite se mesure à la capacité d’expliquer les résultats et de suivre les décisions, pas au seul nombre de tableaux produits.

06

Bonnes pratiques

Comparer des activités comparables

Le mix d’activité désigne la composition de l’activité entre différentes catégories de prises en charge. Une variation de coût moyen peut venir d’un changement de mix plutôt que d’une dégradation de l’organisation. Comparer des groupes suffisamment homogènes et documenter leurs différences évite de sanctionner un service qui prend en charge des situations plus complexes.

Séparer coût observé et coût évitable

Un coût évitable est une dépense qui disparaîtrait effectivement à la suite d’une décision donnée, sur l’horizon considéré. Réduire une activité ne supprime pas automatiquement son personnel, ses locaux ou ses équipements. Avant de proposer un arrêt ou un transfert, préciser les dépenses réellement supprimées, celles qui restent et les coûts de transition.

Rendre les répartitions transparentes

Une allocation de coûts est une répartition de charges communes entre plusieurs objets de gestion. Sa clé de répartition est la règle utilisée pour effectuer ce partage. Affecter les charges directement traçables avant de répartir les charges communes, puis choisir une clé liée à leur consommation réelle. Les allocations de coûts doivent montrer l’origine des montants, pas donner une précision artificielle.

Croiser économie et qualité

La productivité rapporte un volume d’activité aux ressources mobilisées, par exemple des prises en charge par heure travaillée. Son interprétation exige des activités comparables et un examen distinct de la qualité des soins. Associer à chaque décision de productivité des mesures de qualité, de délai et de conditions de travail adaptées. Un seuil d’alerte est une valeur déclenchant une investigation ou une action. Il doit être défini avec les équipes compétentes et ne remplace jamais l’analyse clinique. Une baisse de dépense accompagnée d’un allongement des délais appelle une lecture différente d’une économie sans dégradation observée.

Limiter les données au besoin de gestion

Privilégier des informations agrégées lorsque le détail individuel n’est pas nécessaire. Documenter les accès, les usages et les durées de conservation selon les règles applicables. Le pilotage financier n’a pas vocation à recopier le dossier médical : il doit utiliser le niveau de détail utile à la décision et justifiable au regard de la confidentialité.

07

Erreurs fréquentes et pièges

Assimiler activité, facturation et encaissement

Une prise en charge réalisée n’est pas nécessairement déjà facturée, et une facture émise n’est pas nécessairement encaissée. Mélanger ces étapes produit de faux diagnostics de baisse d’activité ou de manque de trésorerie. Les suivre séparément, avec leurs dates et leurs règles de rattachement, permet d’identifier l’endroit où le processus ralentit.

Utiliser un tarif moyen comme règle universelle

Une recette moyenne observée peut varier avec les catégories de soins, les financements ou les corrections de facturation. Elle n’est pas toujours un tarif applicable à chaque prise en charge. Décomposer les recettes par mécanisme de financement avant de projeter l’activité évite de supposer qu’un volume supplémentaire générera automatiquement le même revenu unitaire.

Confondre capacité installée et capacité disponible

Des locaux ouverts sur le papier peuvent rester inutilisables faute d’équipes ou d’équipements disponibles. Une prévision est une estimation actualisée de ce qui devrait se produire. Construire les prévisions à partir de la capacité opérationnelle, puis identifier les moyens nécessaires à son extension. Sinon, le modèle prévoit des recettes impossibles à produire et sous-estime les dépenses d’ouverture.

Interpréter une allocation comme une responsabilité

Un service peut recevoir une part de charges communes sans avoir la possibilité de les modifier. Distinguer les coûts qu’il influence des coûts qui lui sont simplement attribués. Cela évite des objectifs inatteignables et des discussions centrées sur la contestation des clés plutôt que sur l’organisation des soins.

Réduire les coûts sans regarder les conséquences

Une dépense plus faible peut provenir d’un poste non pourvu, d’un achat différé ou d’une activité empêchée. Elle n’est donc pas automatiquement favorable à la mission de l’établissement. Examiner l’effet sur la continuité des soins, les délais et les équipes avant de qualifier l’écart.

Surinterpréter une moyenne

Un coût moyen peut masquer des écarts entre services et des changements de composition. Présenter les volumes associés, les exclusions et les limites de comparaison. La bonne question n’est pas seulement « pourquoi la moyenne augmente-t-elle ? », mais « quelle réalité opérationnelle a changé ? ».

08

Indicateurs et livrables associés

Un indicateur clé de performance (KPI) est une mesure sélectionnée parce qu’elle éclaire un objectif et une décision. Chaque indicateur doit préciser son périmètre, sa source, sa période, son responsable et ses limites d’interprétation.

  • Coût par unité d’activité = coûts du périmètre / unités d’activité correspondantes. Indiquer s’il s’agit des seuls coûts directement affectés ou de coûts incluant les charges communes réparties. Ne pas comparer des unités de soins différentes sans justification.
  • Marge sur coûts variables = CA − coûts variables. Son taux = marge sur coûts variables / CA. Le taux n’est calculable que si le CA est non nul ; cette mesure n’intègre pas les coûts fixes ni les financements exclus du CA.
  • Taux d’occupation des lits ouverts = journées de présence / journées-lits disponibles. Les journées-lits disponibles correspondent à la somme des lits effectivement ouverts chaque jour. Les règles de comptage des journées de présence doivent être explicites.
  • Taux d’annulation d’une activité programmée = prises en charge annulées / prises en charge programmées. Définir la période, les exclusions et le traitement des reports pour éviter les doubles comptes.
  • Taux de rejet de facturation = dossiers rejetés / dossiers soumis au même traitement. Suivre un même ensemble de dossiers comparables et préciser si le rejet est initial ou définitif ; un rejet temporaire ne signifie pas nécessairement une perte de recette.
  • Fiabilité de prévision, ou forecast accuracy, mesure l’exactitude d’une prévision : 1 − |réel − prévision| / réel, pour un réel strictement positif. Cette mesure peut être négative et n’est pas définie lorsque le réel est nul.

Les livrables comprennent un tableau de bord activité-finances-qualité, une explication des écarts, une prévision des ressources et un plan d’actions. Le volet trésorerie rapproche les encaissements attendus des décaissements prévus. Les indicateurs de qualité sont choisis avec les responsables compétents : leur interprétation exige souvent des précautions liées aux populations prises en charge.

09

Ce que change un EPM

Un EPM, pour Enterprise Performance Management, est un ensemble d’outils permettant de planifier, rapprocher et analyser les données de performance. En santé, il peut réunir les hypothèses financières et opérationnelles dans un modèle commun, sans remplacer les logiciels de soins, de personnel ou de facturation.

Des fonctions concrètes

L’outil peut organiser les données par établissement, service, catégorie d’activité et période ; conserver les différentes hypothèses ; calculer les recettes et les coûts selon des règles explicites ; et produire des comparaisons entre budget, prévision et réel. Un scénario est un ensemble cohérent d’hypothèses utilisé pour explorer une situation possible, comme une ouverture de capacité ou une difficulté de recrutement.

Un circuit de validation définit les étapes de préparation, de contrôle et d’approbation des données. Il permet de faire contribuer les responsables de services tout en conservant une validation financière. Une piste d’audit est la trace des modifications, de leur auteur et de leur date ; elle aide à comprendre pourquoi une hypothèse ou un montant a changé.

Les simulations peuvent relier une capacité d’accueil aux besoins d’équipes, aux consommables et aux recettes attendues. Leur pertinence dépend toutefois des règles métier, de la qualité des sources et des contrôles. L’outil ne détermine pas à lui seul la capacité médicalement acceptable.

Des solutions à examiner selon le périmètre

OneStream, CCH Tagetik et Anaplan peuvent notamment être examinés pour des besoins de planification et de pilotage. Oracle EPM, SAP Analytics Cloud, Pigment, Board ou Workday Adaptive Planning peuvent également entrer dans une consultation. Le panorama des éditeurs EPM permet d’orienter l’examen des solutions selon les besoins retenus.

Le choix doit reposer sur une démonstration des cas réels : calcul des financements, planification des équipes, traçabilité des allocations, gestion des accès et intégration aux sources. Les fonctions disponibles dépendent des produits, modules et configurations retenus ; aucun outil ne dispense de définir le modèle de gestion.

10

Niveaux de maturité

La maturité décrit la capacité à produire une lecture fiable, à expliquer les résultats et à transformer cette lecture en décisions suivies. Elle ne se résume pas au logiciel utilisé.

Débutant : rendre les chiffres comparables

Les informations financières et opérationnelles sont encore séparées. Les unités d’activité changent selon les interlocuteurs, les charges communes sont peu expliquées et les écarts donnent lieu à des commentaires généraux. Le signe distinctif est la difficulté à retrouver l’origine d’un montant ou à reproduire un calcul.

La priorité consiste à stabiliser le référentiel, rapprocher les totaux des sources et documenter les règles. Le livrable attendu est une vue limitée mais fiable, accompagnée d’un dictionnaire de gestion. Un tableau simple correctement contrôlé est plus utile qu’un modèle détaillé dont personne ne comprend les hypothèses.

Intermédiaire : expliquer et prévoir

Les recettes sont distinguées selon leurs mécanismes de financement. Les coûts directement affectés sont séparés des charges communes, et les besoins d’équipes sont reliés à l’activité et aux capacités. Les responsables de services participent à la préparation des prévisions et aux revues de résultats.

Le signe distinctif est la capacité à expliquer un écart par des causes opérationnelles identifiées et à réviser les hypothèses en conséquence. La priorité devient la cohérence entre activité, personnel, qualité et trésorerie, ainsi que le suivi des actions décidées.

Avancé : arbitrer sous contraintes

Le modèle permet de comparer plusieurs organisations possibles, en intégrant les contraintes de compétences, de capacité et de financement. Les simulations distinguent les dépenses évitables des dépenses maintenues et rendent visibles les limites des hypothèses.

Le signe distinctif est une décision argumentée avec ses effets attendus, ses risques et ses conditions de réalisation. Les résultats sont ensuite confrontés aux hypothèses pour améliorer le modèle. Un fonctionnement avancé reste prudent : il ne transforme pas une projection financière en recommandation médicale et ne présente pas une estimation comme une certitude.

11

Checklist : questions à se poser

Cette checklist sert à préparer un déploiement ou à examiner un dispositif existant. Une réponse négative appelle une clarification, un contrôle ou une action ; elle ne justifie pas automatiquement l’ajout d’un nouvel outil.

  • [ ] Les décisions à éclairer sont-elles explicites, et les responsables financiers et de soins partagent-ils les objectifs du pilotage ?
  • [ ] Le périmètre distingue-t-il les établissements, les services et les catégories d’activité réellement utiles, sans détail inutile ?
  • [ ] Chaque unité d’activité possède-t-elle une définition, une règle de comptage et une date de rattachement communes aux équipes ?
  • [ ] Les recettes liées aux prestations sont-elles séparées des financements de mission, des dotations et des autres ressources ?
  • [ ] L’activité réalisée, les montants facturés et les encaissements sont-ils suivis séparément, avec des rapprochements explicables ?
  • [ ] La capacité prévue tient-elle compte des équipes et compétences disponibles, des horaires d’ouverture et des fermetures temporaires ?
  • [ ] Les coûts variables et fixes sont-ils définis pour un horizon précis, plutôt que classés une fois pour toutes sans contexte ?
  • [ ] Les charges directement traçables sont-elles affectées avant les charges communes, et les clés de répartition sont-elles justifiées ?
  • [ ] Les coûts réellement évitables sont-ils identifiés avant toute décision de fermeture, de transfert ou de réduction d’activité ?
  • [ ] Les comparaisons tiennent-elles compte du mix d’activité et des différences de prise en charge entre services ?
  • [ ] Chaque mesure financière importante est-elle examinée avec les indicateurs de qualité, de délai et de conditions de travail pertinents ?
  • [ ] Les calculs sont-ils reproductibles, les totaux rapprochés des sources et les corrections conservées avec leur explication ?
  • [ ] Les données utilisées sont-elles limitées au besoin de gestion, avec des accès adaptés à leur sensibilité et aux règles applicables ?
  • [ ] Les prévisions précisent-elles leurs hypothèses, leurs limites et les moyens nécessaires à leur réalisation ?
  • [ ] Chaque revue débouche-t-elle sur des actions attribuées, des échéances et un examen ultérieur des résultats obtenus ?

Le dispositif est prêt à être étendu lorsque ces réponses deviennent démontrables : une définition écrite, un contrôle exécuté ou une décision suivie vaut davantage qu’un accord seulement verbal.

12

À retenir + FAQ

À retenir : le pilotage en santé relie les soins réalisés, les financements, les ressources et la qualité. Il permet d’expliquer les écarts et d’arbitrer sous contraintes, mais ne remplace ni le jugement médical ni les obligations de prise en charge. Sa fiabilité repose sur des définitions communes, des calculs traçables et un dialogue régulier entre finance et équipes de soins.

Cette approche convient-elle aux établissements publics comme privés ?

Oui, à condition d’adapter le modèle aux missions, au statut et aux règles de financement. La recherche d’un équilibre financier existe dans des contextes différents, mais elle ne se traduit pas nécessairement par les mêmes objectifs. Il faut notamment distinguer les ressources liées à l’activité des financements associés à des missions spécifiques.

Une activité déficitaire doit-elle être arrêtée ?

Non, le seul résultat calculé ne suffit pas. Il faut examiner les obligations de service, les besoins des patients, les conséquences sur les autres activités et les coûts qui resteraient après l’arrêt. Une activité peut être indispensable et nécessiter une organisation différente ou un financement complémentaire. Le modèle éclaire cet arbitrage sans le décider automatiquement.

Peut-on piloter avec un coût moyen par patient ?

Cette mesure peut servir de premier repère si le périmètre est stable et les règles claires. Elle devient trompeuse lorsque les prises en charge diffèrent fortement ou que le mix évolue. Il est préférable de comparer des catégories suffisamment homogènes et de présenter séparément les variations d’activité, de ressources et de charges communes.

Faut-il un EPM et des données individuelles pour commencer ?

Non. Un périmètre limité, des données agrégées fiables et des règles de calcul documentées permettent de démarrer. Un EPM devient utile lorsque la multiplicité des établissements, des contributeurs ou des simulations complique la gestion. Les données individuelles ne doivent être utilisées que si le besoin est justifié et leur traitement conforme aux règles applicables ; elles ne sont pas un préalable au pilotage financier.

Partager
Copier

Expert Insights — article relu par

Raphael Samoun
EPM Strategist · BHI Consulting

15+ ans d'implémentation OneStream, SAP et Pigment pour des groupes du CAC 40 et Fortune 500. Cofondateur de BHI Consulting et éditeur d'EPM Radar.

Aller plus loin

Mettre « Santé » en pratique dans votre organisation

Un échange court avec un expert pour cadrer votre démarche de pilotage et le rôle d'un EPM.