L'essentiel en 30 secondes
Le pilotage du retail et de la distribution consiste à relier les ventes, les coûts et les stocks pour décider où développer l'activité et où corriger sa rentabilité. Il analyse le chiffre d'affaires (CA), montant des ventes hors taxes nettes des remises et retours, par produit, point de vente et canal, mode de commercialisation comme le magasin, le site marchand ou la vente aux professionnels. Son objectif est de rendre visibles les conséquences économiques des choix commerciaux, sans confondre croissance des ventes et amélioration du résultat.
- Comprendre ce qui produit réellement le résultat. Une hausse des ventes peut venir de volumes supplémentaires, de prix plus élevés ou d'une composition différente des achats. Elle peut aussi s'accompagner de remises plus importantes, de livraisons coûteuses ou de retours nombreux. Le pilotage rapproche donc la vente des coûts nécessaires pour la réaliser, plutôt que de s'arrêter au montant encaissé ou facturé.
- Relier le commerce au stock et à la trésorerie. Un produit disponible trop tard entraîne des ventes manquées ; acheté trop tôt ou en trop grande quantité, il immobilise de l'argent et peut nécessiter une baisse de prix. Les décisions d'achat, d'assortiment, sélection des produits proposés, et de promotion doivent être examinées ensemble, avec leurs dates de paiement et leurs conséquences sur les marchandises restantes.
- Décider au bon niveau de détail. La direction a besoin d'une vue synthétique, tandis qu'un responsable de magasin ou de catégorie doit identifier les leviers sur lesquels il peut agir. Une lecture commune permet de discuter les mêmes résultats, puis d'attribuer une action, un responsable et une échéance. Le détail sert à expliquer une décision, pas à multiplier les tableaux sans usage.
Le problème que ça résout
Sans pilotage intégré, la direction financière reçoit souvent des informations qui décrivent des réalités différentes : ventes enregistrées en caisse, commandes du site marchand, expéditions des entrepôts et écritures comptables. Une commande annulée peut rester dans un suivi commercial ; un retour peut être constaté après la période de vente. Le premier problème est donc de distinguer activité commerciale et vente effectivement reconnue.
La marge brute est le CA diminué du coût d'achat des marchandises vendues, selon une convention précisée pour les frais d'approvisionnement, remises fournisseurs et pertes de stock. Elle permet de dépasser la seule lecture des ventes. Une catégorie dynamique peut pourtant générer moins de marge si les promotions s'intensifient ou si les achats deviennent plus coûteux. Sans convention commune, deux équipes peuvent annoncer des marges différentes pour la même activité.
La distribution pose aussi un problème de coûts partagés. Le coût de service, ensemble des dépenses nécessaires pour servir une commande ou un client, varie selon la préparation, la livraison, le paiement et le traitement des retours. Un site marchand peut afficher une bonne marge brute tout en consommant beaucoup de ressources logistiques. Inversement, un magasin peut contribuer aux ventes du site sans que cette contribution apparaisse dans son résultat local.
Enfin, la trésorerie, argent disponible pour régler les engagements, ne suit pas mécaniquement le résultat. Les marchandises peuvent être payées avant d'être vendues ; les clients professionnels peuvent payer après livraison. Une activité rentable peut ainsi nécessiter davantage de financement.
La pratique résout ces difficultés en établissant des règles communes, en reliant les flux commerciaux aux comptes et en organisant les arbitrages. La direction financière peut alors expliquer une évolution, distinguer une anomalie de données d'un problème économique et discuter une action concrète avec les achats, le commerce et la logistique.
Exemple concret chiffré
Cet exemple est fictif : une enseigne de distribution compare le budget et le réel mensuels d'une famille de produits, vendue à un prix uniforme. Les montants sont hors taxes ; les quantités sont nettes des retours. Le coût d'achat unitaire concerne les marchandises vendues, sans variation de convention entre budget et réel. Les autres coûts variables correspondent à la préparation et au paiement ; les coûts fixes regroupent les charges du périmètre étudié.
| Donnée | Budget | Réel | |---|---:|---:| | Quantité vendue | 10 000 | 11 000 | | Prix net unitaire | 50 € | 50 € | | Coût d'achat unitaire | 30 € | 32 € | | Autres coûts variables unitaires | 4 € | 4 € | | CA | 500 000 € | 550 000 € | | Coût des marchandises vendues | 300 000 € | 352 000 € | | Marge brute | 200 000 € | 198 000 € | | Autres coûts variables | 40 000 € | 44 000 € | | Marge sur coûts variables | 160 000 € | 154 000 € | | Coûts fixes | 100 000 € | 105 000 € | | Solde après coûts fixes du périmètre | 60 000 € | 49 000 € |
Opérations vérifiables
Budget : CA = 10 000 × 50 = 500 000 € ; coût des marchandises = 10 000 × 30 = 300 000 €. Marge brute = 500 000 − 300 000 = 200 000 €. Marge sur coûts variables = 200 000 − (10 000 × 4) = 160 000 €. Solde = 160 000 − 100 000 = 60 000 €.
Réel : CA = 11 000 × 50 = 550 000 € ; coût des marchandises = 11 000 × 32 = 352 000 €. Marge brute = 550 000 − 352 000 = 198 000 €. Marge sur coûts variables = 198 000 − (11 000 × 4) = 154 000 €. Solde = 154 000 − 105 000 = 49 000 €.
Lecture de gestion
L'écart de CA est de +50 000 €, favorable, mais celui du solde est de 49 000 − 60 000 = −11 000 €, défavorable. Il s'explique exactement par un effet volume de (11 000 − 10 000) × (50 − 30 − 4) = +16 000 €, un effet coût d'achat de −11 000 × (32 − 30) = −22 000 € et un effet coûts fixes de −5 000 €. Total : 16 000 − 22 000 − 5 000 = −11 000 €.
Le taux de marge brute passe de 200 000 / 500 000 = 40 % à 198 000 / 550 000 = 36 %. L'action prioritaire porte donc sur l'achat et les charges, pas seulement sur le développement des ventes.
Mettre en œuvre : la méthode étape par étape
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Définir les décisions à éclairer. Réunir finance, commerce, achats et logistique pour préciser les arbitrages : promotion, assortiment, ouverture de magasin, livraison ou réduction du stock. Livrable : une note de cadrage décrivant les décisions attendues, le périmètre et les responsables. Éviter de commencer par une liste exhaustive de données disponibles.
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Fixer les conventions économiques. Définir le CA net, le coût des marchandises vendues, les retours, les remises fournisseurs et le classement des charges. Une allocation est la répartition d'un coût partagé entre plusieurs objets d'analyse au moyen d'une règle explicite. Livrable : un dictionnaire des calculs et des règles d'allocation, validé par la finance et compris des responsables opérationnels.
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Établir les sources et les contrôles. Identifier le système qui fait foi pour chaque donnée et préciser sa date de disponibilité. Prévoir les rapprochements des ventes, des coûts et des stocks avec la comptabilité. Livrable : une cartographie des sources accompagnée d'une liste de contrôles, avec un propriétaire pour chaque correction.
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Construire un périmètre pilote. Choisir une famille de produits et des canaux présentant les difficultés à traiter : retours, promotions, livraison ou coûts partagés. Livrable : un tableau de résultat expliqué, testé sur des périodes closes et accepté par les utilisateurs. Tester aussi les changements de catégorie et les données manquantes.
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Relier le modèle au budget et à la prévision. Faire dépendre les ventes des volumes et prix, les achats des besoins de stock et les charges de leurs facteurs explicatifs. Livrable : un modèle de planification budgétaire avec hypothèses identifiées, variantes comparables et responsabilités de validation.
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Installer la revue de décision. Définir une fréquence adaptée au rythme commercial et distinguer alertes opérationnelles et validation financière. Livrable : un dossier de revue comprenant résultats, explications, décisions, responsables et échéances. Le déploiement s'étend ensuite aux autres périmètres, sans changer silencieusement les règles déjà approuvées.
Bonnes pratiques
Comparer des périmètres réellement comparables
Le périmètre comparable regroupe les activités présentes dans les périodes comparées selon des règles stables. Présenter séparément les ouvertures, fermetures et transferts de ventes évite d'attribuer à la performance commerciale ce qui relève d'un changement de réseau. Documenter également les décalages de calendrier, les jours d'ouverture et les événements promotionnels.
Distinguer contribution directe et coûts partagés
Présenter d'abord les revenus et coûts directement rattachables à un magasin ou à un canal, puis les allocations de structure. Cette séparation distingue la contribution directe des effets des allocations. Identifier séparément les coûts sur lesquels le responsable local peut agir, à l'horizon considéré : un coût directement rattachable n'est pas nécessairement maîtrisable localement. Une répartition des dépenses logistiques fondée sur les commandes, colis ou opérations traitées peut être plus pertinente qu'une répartition uniforme sur le CA, à condition de correspondre à la consommation réelle de ressources.
Piloter les promotions jusqu'au résultat
Une promotion doit être examinée avec le prix net, le coût d'achat, les frais de service et les stocks restants. La cannibalisation désigne le déplacement de ventes depuis d'autres produits ou canaux de l'enseigne vers l'offre promue. La hausse des ventes du produit ne suffit donc pas à mesurer le bénéfice de l'opération. Comparer aussi les achats anticipés par les clients et les ventes après la promotion, sans présenter comme certaine une estimation fragile.
Relier les engagements d'achat à la trésorerie
Le besoin en fonds de roulement (BFR) représente les ressources immobilisées dans le cycle d'exploitation ; dans une lecture simplifiée, il correspond aux stocks + créances clients − dettes fournisseurs. Les créances clients sont les sommes dues par les clients, et les dettes fournisseurs les sommes restant à payer aux fournisseurs. Un distributeur doit suivre ces postes ensemble et prolonger cette lecture par une prévision de trésorerie.
Garder les hypothèses visibles
Séparer données constatées, hypothèses et décisions approuvées. Conserver l'origine des ajustements et expliquer les exceptions évite qu'une prévision prudente ou ambitieuse soit prise pour un fait. Une revue utile termine par des actions vérifiables, et non par une simple lecture des tableaux.
Erreurs fréquentes et pièges
Confondre achats et coût des ventes
Les achats reçus dans la période peuvent rester en stock. Les passer entièrement en coût des ventes fausse la marge et rend les périodes incomparables. Rapprocher quantités vendues, coût retenu et mouvements de stock ; préciser le traitement des frais d'approvisionnement et des pertes. Les écritures de correction doivent être identifiables, pas noyées dans une ligne commerciale.
Comparer des taux qui n'ont pas la même base
Le taux de marque rapporte la marge brute au prix de vente hors taxes ; le taux de marge, dans l'usage commercial, rapporte cette marge au coût d'achat. Leur confusion conduit à des décisions de prix erronées. Nommer explicitement le dénominateur dans chaque tableau. Pour une lecture de gestion agrégée, utiliser par exemple « marge brute / CA » plutôt qu'une appellation ambiguë.
Affecter toute la vente au dernier canal visible
Un client peut découvrir un produit en magasin, le commander en ligne et le retirer dans un autre point de vente. Attribuer le revenu à plusieurs canaux produit un double comptage ; l'attribuer sans règle à un seul canal masque les services rendus. Définir une affectation unique du revenu, puis suivre séparément les coûts de préparation, de retrait et de retour.
Lire tout écart de coût comme une mauvaise performance
Une charge variable supérieure au budget peut simplement accompagner davantage de ventes. Distinguer l'effet du niveau d'activité de l'effet du coût unitaire. À l'inverse, une baisse de dépenses n'est pas toujours favorable si elle provoque des ruptures, une dégradation du service ou une perte de ventes futures.
Utiliser le stock comptable comme preuve de disponibilité
La démarque désigne les pertes de marchandises, identifiées ou inexpliquées selon la convention retenue. Un stock théorique peut inclure des produits endommagés, introuvables ou non accessibles à la vente. Le contrôle financier doit être complété par des vérifications opérationnelles.
Enfin, éviter la précision artificielle : répartir des charges sur chaque article sans cause économique solide donne une impression d'exactitude. Mieux vaut un niveau d'analyse moins détaillé, mais explicable et utile à la décision.
Indicateurs et livrables associés
Un indicateur clé de performance (KPI) est une mesure choisie pour suivre un objectif et déclencher une décision. Chaque indicateur doit préciser son périmètre, sa source, sa fréquence, son responsable et sa règle de calcul. Les montants et ratios doivent porter sur des périodes cohérentes.
- CA net = ventes hors taxes − remises commerciales − retours, sans déduire deux fois les remises déjà intégrées aux ventes. Il décrit l'activité, pas sa rentabilité.
- Marge brute / CA = (CA − coût des marchandises vendues) / CA. La convention du coût des ventes doit rester stable ; le ratio est non calculable lorsque le CA est nul.
- Marge sur coûts variables = CA − ensemble des coûts variables. Son taux = marge sur coûts variables / CA. Il aide à apprécier la contribution de l'activité à la couverture des coûts fixes.
- Panier moyen, montant moyen d'une transaction, = CA / nombre de transactions, avec une règle explicite pour les retours et annulations. Il complète l'analyse des volumes sans la remplacer.
- Rotation des stocks, fréquence de renouvellement du stock sur une période, = coût des marchandises vendues / stock moyen valorisé au coût. Le stock moyen doit être calculé à partir de relevés assez fréquents pour refléter la saisonnalité.
- Couverture de stock, durée de vente théorique assurée par le stock disponible, = stock disponible en unités / demande prévisionnelle moyenne par jour. Elle suppose une demande positive et doit être calculée à un niveau où les produits sont réellement substituables.
- Taux de retour, proportion des unités initialement vendues qui sont retournées, = unités retournées rattachées à une population de ventes / unités initialement vendues de cette même population, avant déduction des retours et hors commandes annulées. Préciser la fenêtre d'observation des retours ; le ratio est non calculable lorsque le dénominateur est nul.
- Fiabilité de prévision, proximité de la prévision avec le réel, = 1 − |réel − prévision| / réel, pour un réel strictement positif. Elle peut être négative ; ne pas la plafonner silencieusement. Comparer des prévisions établies au même horizon.
Les livrables associés sont un tableau de résultat par périmètre, une analyse des écarts, un suivi des stocks, une prévision de trésorerie et un registre d'actions. Leur synthèse doit montrer le problème, sa cause probable, la décision proposée et les limites de l'information.
Ce que change un EPM
Un EPM (Enterprise Performance Management) est une solution de gestion de la performance permettant d'organiser budgets, prévisions, analyses et processus financiers dans un cadre partagé. Pour le retail, il relie les hypothèses commerciales aux marges, aux stocks et aux besoins de trésorerie. Il ne remplace ni la caisse, ni la gestion des commandes, ni le système de suivi des stocks.
Des fonctionnalités concrètes
Le modèle peut croiser produits, magasins, canaux et périodes, avec des niveaux de regroupement adaptés aux utilisateurs. Il peut calculer des ventes à partir des quantités et prix, appliquer des hypothèses de coûts, répartir des charges partagées et comparer budget, réel et prévision. Des simulations permettent d'examiner les conséquences d'une promotion, d'un changement d'achat ou d'une évolution des frais de livraison.
Le versionnement, conservation de plusieurs états identifiés d'un plan, permet de distinguer hypothèses initiales, révisions et décisions approuvées. Un circuit de validation organise les étapes de saisie, contrôle et approbation. Les droits d'accès limitent les modifications aux responsables concernés ; l'historique des changements aide à expliquer l'origine d'un chiffre.
Des éditeurs à examiner selon le besoin
OneStream, CCH Tagetik et Oracle EPM proposent des fonctions de planification et de gestion financière. Anaplan et Pigment proposent des environnements de planification et de modélisation. SAP Analytics Cloud, Board et Workday Adaptive Planning peuvent également entrer dans l'examen des solutions. Les capacités nécessaires doivent être vérifiées pour l'offre, les modules et la configuration envisagés, sans déduire l'adéquation du seul nom de l'éditeur.
Le choix repose sur des tests représentatifs : volume de données, finesse utile, saisonnalité, allocations, intégration des sources et capacité des équipes à maintenir les règles. Le détail transactionnel peut rester dans les systèmes sources ; l'EPM reçoit alors les données utiles aux décisions. Un modèle mal défini ne devient pas fiable du seul fait de son outillage.
Niveaux de maturité
Débutant : rendre les chiffres comparables
Les équipes suivent surtout les ventes et produisent des fichiers séparés. Les catégories ou canaux ne sont pas toujours définis de la même manière ; les retours et les remises sont retraités manuellement. La marge est disponible tardivement et les explications reposent beaucoup sur la connaissance individuelle des responsables.
Le progrès attendu est un socle fiable : référentiel partagé, CA net rapproché de la comptabilité, convention de marge écrite et calendrier de production connu. Le signe distinctif n'est pas l'outil utilisé, mais la capacité à retrouver la source d'un chiffre et à expliquer une différence sans reconstruire tout le dossier.
Intermédiaire : relier économie et opérations
Les ventes, coûts et stocks sont analysés dans un même cadre. Les responsables distinguent coûts directement rattachables et coûts alloués ; les prévisions s'appuient sur des quantités, prix et hypothèses de dépenses identifiés. Les promotions et les coûts de livraison sont examinés au-delà du seul CA.
Les livrables comprennent une analyse régulière des écarts, une lecture par canal et une revue des produits à faible rotation. Les décisions ont des responsables et des échéances. Le signe distinctif est la capacité à expliquer une évolution du résultat par des causes commerciales ou opérationnelles, puis à suivre les actions correspondantes.
Avancé : arbitrer sous contraintes
Les choix de vente, d'achat, de capacité et de trésorerie sont évalués ensemble. Les prévisions prennent en compte les stocks disponibles, les délais fournisseurs, les retours attendus et les limites de préparation ou de livraison. Les équipes comparent plusieurs hypothèses et explicitent les risques plutôt que de présenter un montant unique comme certain.
Les modèles sont entretenus, les écarts de prévision sont analysés et les règles sont revues lorsque l'activité change. Le signe distinctif est la capacité à dire ce qu'une décision améliore, ce qu'elle dégrade et quelles hypothèses conditionnent son intérêt.
Ces niveaux ne constituent pas un classement technologique. Une enseigne peut être avancée sur les marges et débutante sur la trésorerie. La priorité consiste à renforcer le maillon qui empêche les décisions les plus importantes.
Checklist : questions à se poser
- [ ] Les décisions attendues sont-elles clairement formulées : prix, promotion, assortiment, achats, capacité ou fermeture d'un point de vente ?
- [ ] Le CA utilisé est-il hors taxes et net des remises, annulations et retours, avec un rapprochement explicable à la comptabilité ?
- [ ] Chaque vente est-elle affectée une seule fois à un canal, y compris lorsqu'une commande est préparée, retirée ou retournée ailleurs ?
- [ ] Les catégories de produits et les périmètres de magasins sont-ils partagés, datés et comparables entre les périodes ?
- [ ] Le coût des marchandises vendues est-il distingué des achats de la période et calculé selon une convention documentée ?
- [ ] Le traitement des remises fournisseurs, frais d'approvisionnement, pertes et corrections de stock est-il explicite ?
- [ ] Les coûts variables et fixes sont-ils définis pour un horizon et un niveau d'activité donnés, plutôt que classés une fois pour toutes ?
- [ ] Les coûts de préparation, livraison, paiement et retour sont-ils visibles au niveau où ils peuvent être expliqués et maîtrisés ?
- [ ] Les coûts directement rattachables sont-ils séparés des allocations, et les règles de répartition reflètent-elles un usage réel des ressources ?
- [ ] Les promotions sont-elles évaluées avec leur effet sur la marge, les autres produits, les ventes futures et le stock restant ?
- [ ] Le stock disponible à la vente est-il distingué du stock théorique, et les écarts font-ils l'objet d'une correction attribuée ?
- [ ] La prévision relie-t-elle demande, achats, stocks, délais de paiement et trésorerie sans supposer que bénéfice et encaissement coïncident ?
- [ ] Les écarts sont-ils calculés comme réel − référence, avec une indication favorable ou défavorable adaptée à chaque ligne ?
- [ ] Les ratios utilisent-ils des bases et périodes cohérentes, et les cas de dénominateur nul sont-ils traités explicitement ?
- [ ] Les hypothèses, corrections et validations sont-elles conservées avec leur auteur et leur justification ?
- [ ] Chaque revue débouche-t-elle sur une décision, un responsable, une échéance et un contrôle de l'effet obtenu ?
À retenir + FAQ
À retenir : dans le retail et la distribution, le pilotage doit relier ventes nettes, coût des marchandises, coût de service, stocks et trésorerie. Une décision commerciale s'évalue sur son effet économique global, avec des conventions communes et une responsabilité d'action claire. Le bon niveau de détail est celui qui permet d'expliquer et de décider.
Faut-il piloter chaque référence de produit ?
Pas pour tous les usages. Le détail par référence est utile pour la disponibilité, les promotions ou les produits problématiques. Le budget et les revues de direction peuvent fonctionner par familles homogènes. La consolidation des vues doit préserver les totaux, et une moyenne ne doit pas masquer des produits dont les comportements économiques sont très différents.
Un magasin déficitaire doit-il être fermé ?
Pas sur la seule base d'un résultat comprenant des coûts alloués. Il faut examiner les coûts qui disparaîtraient réellement, ceux qui resteraient, les dépenses de fermeture et les transferts possibles de ventes vers d'autres canaux. La décision prend aussi en compte le rôle du magasin dans le service client et les engagements contractuels, avec des hypothèses explicites.
Comment mesurer la rentabilité d'une promotion ?
Comparer la marge sur coûts variables avec et sans promotion, en intégrant les remises, les conditions d'achat, les coûts de service et les effets sur les autres ventes. Déduire ensuite du gain de marge les coûts fixes supplémentaires ou évitables liés à l'opération, comme une campagne publicitaire ou un forfait d'installation. Exclure les allocations de coûts fixes qui resteraient inchangés dans les deux situations. La situation sans promotion reste une estimation : saisonnalité, concurrence et disponibilité peuvent influencer le résultat. Documenter la méthode et distinguer les faits observés des effets estimés.
Pourquoi suivre la trésorerie si les clients paient immédiatement ?
Parce que les stocks, investissements et échéances fournisseurs peuvent précéder ou suivre les encaissements. Les retours et remboursements modifient aussi les flux. Le paiement rapide des clients réduit une source de financement nécessaire, mais ne supprime pas le besoin de prévoir les décaissements ni le risque d'accumulation de marchandises.
L'EPM est-il indispensable pour commencer ?
Non. Un périmètre limité peut être piloté avec des fichiers contrôlés, des définitions stables et des rapprochements fiables. L'EPM devient pertinent lorsque les contributions, versions, règles et simulations sont difficiles à coordonner. Il structure un processus déjà clarifié ; il ne remplace ni les conventions économiques ni la qualité des données sources.

Comment ça marche
Organiser les axes de lecture. Un référentiel est une liste partagée de codes et de règles décrivant les produits, magasins, canaux et entités. Il permet de rattacher chaque vente et chaque coût au bon périmètre. On conserve les dates d'ouverture, de fermeture et de changement de catégorie pour éviter les comparaisons trompeuses.
Rapprocher les flux. Les ventes sont corrigées des annulations, remises et retours, puis rapprochées de la comptabilité. Les marchandises vendues sont valorisées selon une méthode documentée. Les achats de la période ne sont pas assimilés aux coûts des ventes : une partie peut rester en stock.
Construire une lecture progressive du résultat. On passe du CA à la marge brute, puis aux coûts de vente et aux charges de structure. La marge sur coûts variables correspond au CA moins les coûts variables, dépenses qui évoluent avec le niveau d'activité selon les hypothèses retenues. Les coûts fixes restent relativement stables dans une plage d'activité et sur un horizon donnés ; ils peuvent changer lorsque la capacité évolue.
Expliquer les écarts. Le budget est la référence financière approuvée avant la période. L'écart budgétaire se calcule comme réel − budget : positif sur un revenu, il est généralement favorable ; positif sur un coût, il est généralement défavorable. L'analyse distingue les effets des quantités, des prix et du mix, composition des ventes entre produits ou canaux. La méthode doit éviter de compter deux fois une même cause ; voir les effets prix, volume et mix.
Projeter et arbitrer. Le forecast, prévision actualisée de l'activité et des résultats attendus, intègre les nouvelles hypothèses de demande, d'achat et de promotion. L'équipe compare plusieurs choix, vérifie leurs effets sur les stocks et la trésorerie, puis affecte chaque action à un responsable. La revue suivante vérifie son exécution et son effet réel.