L'essentiel en 30 secondes
La création de valeur économique désigne un profit opérationnel après impôt théorique supérieur à la rémunération exigée pour le capital mobilisé, selon les conventions retenues. ROIC, EVA et TSR éclairent respectivement la rentabilité du capital, le surplus économique dégagé et le rendement obtenu par l’actionnaire. Ils sont complémentaires, mais ne constituent ni une mesure unique ni une relation mécanique entre gestion et cours de Bourse.
- Comparer une rentabilité à une exigence. Le résultat opérationnel est le résultat issu de l’activité avant charges de financement et impôt sur le résultat. Le ROIC rapporte ce résultat après impôt théorique au capital investi. Il se compare au coût moyen pondéré du capital, ou WACC, rendement exigé par les financeurs, pondéré entre capitaux propres et dette, avec prise en compte de l’effet fiscal de la dette. Les capitaux propres correspondent à l’intérêt résiduel des propriétaires dans les actifs de l’entreprise après déduction de ses dettes et autres passifs. Avec un capital investi moyen strictement positif et des conventions cohérentes, un ROIC supérieur au WACC correspond à une EVA positive pour la période et le périmètre observés ; il ne prouve pas qu’un nouveau projet sera rentable.
- Mesurer le surplus en montant. L’EVA exprime ce qui reste après rémunération théorique du capital investi. Elle complète le ROIC : une activité peut avoir un rendement inférieur à celui d’une autre, mais créer davantage de valeur en montant grâce à une base de capital plus importante. Inversement, augmenter le résultat tout en immobilisant trop de ressources peut réduire l’EVA.
- Séparer gestion et rendement boursier. Le TSR prend le point de vue du détenteur d’une action sur une période définie. Il dépend des dividendes, du cours d’achat et du cours final, donc aussi des attentes du marché. Un TSR positif ne démontre pas une EVA positive ; une EVA en hausse ne garantit pas une hausse immédiate du TSR. Le tableau de bord doit expliquer ces différences plutôt que les masquer.
Le problème que ça résout
Une direction financière qui ne suit que le bénéfice risque de confondre croissance et création de valeur. Un site peut améliorer son résultat grâce à une nouvelle installation, tout en mobilisant un capital dont la rémunération attendue dépasse le gain obtenu. Sans mesure du capital engagé, les arbitrages favorisent parfois les activités les plus volumineuses plutôt que celles qui utilisent efficacement les ressources.
Autre difficulté : comparer des activités aux besoins différents. Une activité de services et une activité industrielle peuvent afficher des résultats proches, mais dépendre de montants très différents de machines, de stocks et de créances clients. Le ROIC remet cette différence au centre de l’analyse. L’EVA ajoute une lecture en montant, utile pour distinguer efficacité relative et contribution économique totale.
Le problème est aussi temporel. Un investissement consomme du capital avant d’atteindre son niveau normal d’activité. À l’inverse, une installation ancienne peut sembler très rentable parce que sa valeur comptable a diminué. Les amortissements, répartition comptable du coût d’un actif sur sa durée d’utilisation, réduisent cette valeur au fil du temps. Une lecture isolée du ROIC peut donc pénaliser le renouvellement des équipements et valoriser artificiellement un parc vieillissant.
Enfin, le dialogue avec les actionnaires mélange souvent deux questions : l’entreprise améliore-t-elle son économie opérationnelle, et le marché rémunère-t-il cette amélioration ? Le TSR répond à la seconde, pas directement à la première. Il faut distinguer ce qui relève des décisions de gestion, du financement et des attentes boursières.
La pratique résout ces difficultés en imposant des définitions communes, une mesure du capital et un commentaire explicatif. Elle nourrit les revues de performance, sans remplacer l’analyse des risques, de la trésorerie ou de la qualité de service.
Exemple concret chiffré
Cet exemple est entièrement fictif : le groupe industriel coté Atlas mesure sa création de valeur sur un exercice annuel. Les montants opérationnels sont exprimés en millions d’euros ; les cours et dividendes sont en euros par action. Le capital comprend uniquement les immobilisations nettes d’exploitation et le BFR d’exploitation ; le NOPAT utilise un impôt théorique uniforme.
| Donnée | Début d’exercice | Fin d’exercice ou valeur annuelle | |---|---:|---:| | Immobilisations nettes d’exploitation | 140 | 170 | | BFR d’exploitation | 40 | 50 | | Capital investi | 180 | 220 | | Résultat opérationnel annuel | — | 32 | | Taux d’impôt opérationnel | — | 25 % | | WACC annuel | — | 8 % | | Cours de l’action | 50 | 54 | | Dividende versé par action | — | 2 |
Calculs vérifiables
Capital initial = 140 + 40 = 180. Capital final = 170 + 50 = 220. Capital investi moyen = (180 + 220) / 2 = 200. On suppose ici que cette moyenne représente correctement l’exposition au capital pendant l’exercice.
NOPAT = 32 × (1 − 25 %) = 32 × 0,75 = 24. ROIC = 24 / 200 = 12 %. Charge de capital = 200 × 8 % = 16. EVA = 24 − 16 = 8 millions d’euros. Vérification : (12 % − 8 %) × 200 = 4 % × 200 = 8.
TSR sans réinvestissement du dividende = (54 − 50 + 2) / 50 = 6 / 50 = 12 %. Ce résultat est calculé avant fiscalité personnelle et frais de transaction. L’égalité entre TSR et ROIC est une coïncidence du cas fictif : leurs numérateurs et leurs dénominateurs sont différents.
Interprétation de gestion
Atlas dégage un rendement du capital supérieur au coût retenu et crée un surplus économique de 8 millions d’euros. Supposons maintenant un autre scénario annuel fictif : capital moyen de 250, NOPAT de 28 et WACC inchangé. ROIC = 28 / 250 = 11,2 % ; charge de capital = 250 × 8 % = 20 ; EVA = 28 − 20 = 8. Le profit augmente de 28 − 24 = 4, mais l’EVA reste identique : la charge de capital augmente elle aussi de 20 − 16 = 4.
Mettre en œuvre : la méthode étape par étape
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Formuler les décisions à éclairer. Identifier les arbitrages attendus : allocation du capital entre activités, suivi d’une acquisition ou renouvellement d’équipements. Définir qui utilise chaque indicateur et ce qu’il peut réellement décider. Livrable : une note d’usage distinguant pilotage opérationnel et communication actionnariale.
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Rédiger les conventions. Fixer le périmètre du NOPAT, l’impôt théorique, la composition du capital, la moyenne utilisée et la méthode de détermination du WACC. Préciser le traitement des acquisitions, des locations et des éléments non récurrents, c’est-à-dire des événements qui ne représentent pas l’activité habituelle. Livrable : un dictionnaire des indicateurs avec formules, unités et exclusions.
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Relier les données à la comptabilité. Identifier les comptes sources du résultat et du capital. Préparer un rapprochement comptable, contrôle expliquant le passage des comptes publiés aux mesures de gestion. Chaque ajustement doit avoir un motif et un responsable. Livrable : une table de correspondance et un état des différences, dans la logique de la réconciliation gestion-comptabilité.
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Tester sur un périmètre limité. Recalculer les indicateurs avec des données historiques, puis examiner les acquisitions, les variations saisonnières de stocks et les investissements en cours. Vérifier que les résultats sont interprétables, pas seulement calculables. Livrable : un dossier de tests avec calculs manuels et anomalies résolues.
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Construire la lecture de décision. Présenter ROIC, WACC, EVA, NOPAT et capital moyen ensemble. Ajouter un commentaire sur les causes et les actions envisagées ; isoler le TSR dans une vue actionnariale. Livrable : un tableau de bord accompagné d’une notice de lecture.
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Installer la responsabilité dans la durée. Désigner les propriétaires des données, les validateurs des hypothèses et les responsables des actions. Définir quand les conventions peuvent changer et comment conserver les anciennes séries. Livrable : un calendrier de revue, un registre des modifications et un suivi des décisions.
Bonnes pratiques
Montrer le taux et le montant ensemble
Associer systématiquement ROIC et EVA. Le taux décrit l’efficacité d’utilisation du capital ; le montant décrit le surplus économique total. Une activité très rentable mais petite n’a pas nécessairement la plus forte contribution. Cette double lecture évite de freiner toute croissance dès qu’elle réduit légèrement le rendement moyen, alors qu’elle peut encore créer de la valeur.
Utiliser un capital représentatif
Choisir une moyenne adaptée au rythme de l’activité. Une moyenne entre ouverture et clôture peut convenir à une activité stable, mais devenir trompeuse en présence d’une acquisition ou d’un investissement important en cours d’exercice. Des observations plus fréquentes limitent ce biais. La méthode doit rester identique entre périodes, sauf changement documenté.
Expliquer les moteurs opérationnels
Un inducteur de performance est une variable qui explique l’évolution d’un résultat, comme le prix, le volume vendu ou le délai de règlement. Le chiffre d’affaires est le montant des ventes de la période. La marge opérationnelle après impôt est le rapport NOPAT / chiffre d’affaires. La rotation du capital rapporte le chiffre d’affaires au capital investi moyen. Ainsi, ROIC = (NOPAT / chiffre d’affaires) × (chiffre d’affaires / capital investi moyen), avec des données de même période et de même périmètre, lorsque les dénominateurs sont non nuls. Cette décomposition relie le rendement aux décisions sur le profit et les ressources engagées ; la rotation ne mesure pas, à elle seule, la qualité de leur utilisation.
Distinguer activité existante et nouveau projet
Le ROIC historique décrit un ensemble d’actifs et de décisions passées. Pour investir, examiner les flux futurs, les risques et le calendrier du projet. Une activité affichant un excellent rendement historique peut proposer un investissement peu attractif ; l’inverse est également possible. Le pilotage des projets et investissements complète donc utilement ces indicateurs.
Préserver la comparabilité
Présenter les résultats selon les conventions approuvées, puis isoler l’effet d’un changement de périmètre, de méthode ou de WACC. Conserver les explications et les données sources. Un indicateur stable dans sa définition est plus utile qu’un indicateur ajusté à chaque revue pour produire un récit favorable.
Erreurs fréquentes et pièges
Confondre bénéfice et création de valeur
Un résultat positif ne suffit pas à établir une EVA positive : il faut couvrir la charge de capital. Présenter ensemble NOPAT, capital moyen et WACC. Éviter aussi d’utiliser le bénéfice après charges financières avec un dénominateur représentant tous les financeurs : le ROIC doit garder une logique opérationnelle indépendante du financement.
Mélanger les conventions
Exclure un actif du capital tout en conservant le résultat qu’il produit gonfle artificiellement le rendement. Inclure le capital d’une acquisition dès la clôture mais seulement une courte période de résultat peut le dégrader artificiellement. Aligner résultat, durée de détention et capital moyen ; documenter les traitements comptables et de gestion.
Choisir un WACC de convenance
Le coût du capital n’est pas une variable à diminuer pour atteindre une cible. Il doit refléter une méthode validée et un risque cohérent avec le périmètre. Un taux unique de groupe peut faciliter la lecture, mais masquer des différences entre activités. Si des taux distincts sont utilisés, expliquer leurs fondements et éviter les choix opportunistes.
Récompenser le sous-investissement
Reporter la maintenance ou le renouvellement d’équipements peut améliorer temporairement certains indicateurs. Associer ROIC et EVA à l’état des actifs, à la qualité de service, à la sécurité et aux besoins futurs. Les actifs anciens, fortement amortis, peuvent afficher un rendement comptable élevé sans disposer d’un avantage économique durable.
Utiliser un TSR incomplet
L’évolution du cours seule n’est pas le TSR : les dividendes doivent être intégrés. Vérifier aussi les opérations modifiant le nombre ou la valeur unitaire des actions. Sur une longue période, ne pas mélanger une formule sans réinvestissement et une série avec réinvestissement des dividendes.
Agréger des ratios sans pondération
La moyenne simple des ROIC d’activités n’est généralement pas le ROIC du groupe. Recalculer le ratio à partir du NOPAT total et du capital moyen total, après traitement des opérations internes. Lorsque le capital est nul ou négatif, le ratio peut devenir non interprétable : afficher cette limite plutôt qu’un pourcentage spectaculaire.
Indicateurs et livrables associés
Un KPI, indicateur clé de performance, est une mesure sélectionnée pour suivre un objectif et soutenir une décision. Pour la création de valeur, chaque KPI doit préciser son périmètre, sa période, son unité, sa formule et sa convention d’interprétation.
| Indicateur | Formule de référence | Lecture | |---|---|---| | NOPAT simplifié | Résultat opérationnel × (1 − taux d’impôt opérationnel) | Profit opérationnel après impôt théorique | | Capital investi moyen simple | (Capital initial + capital final) / 2 | Ressources moyennes engagées | | ROIC | NOPAT / capital investi moyen | Rendement du capital | | Écart de rendement | ROIC − WACC | Excédent ou déficit de rendement | | Charge de capital | WACC × capital investi moyen | Rémunération théorique des ressources | | EVA | NOPAT − charge de capital | Surplus économique en montant | | TSR simple | (Cours final − cours initial + dividendes par action) / cours initial | Rendement actionnarial sans réinvestissement |
L’écart entre ROIC et WACC s’exprime en points de pourcentage lorsque les taux sont affichés en pourcentage. L’EVA s’exprime en monnaie, pas en taux. Le TSR doit être accompagné des dates, de la devise et de la convention de dividendes. Les rendements annualisés, rendements ramenés à une durée annuelle, nécessitent une méthode explicitée et ne se comparent pas directement à un rendement cumulé.
Les livrables utiles
Le dictionnaire des indicateurs constitue la référence. Le rapprochement comptable explique le NOPAT et le capital. Un état de variation du capital distingue acquisitions, investissements, amortissements et évolution du BFR. Le tableau de bord réunit mesures, objectifs, causes et actions.
Une analyse de sensibilité, mesure de l’effet d’une variation d’hypothèse sur le résultat, montre comment l’EVA change avec le WACC, le profit ou le capital. Elle complète le scénario central sans transformer une hypothèse en certitude. Enfin, le registre des décisions conserve l’action, son responsable, l’échéance et le résultat attendu. Pour rendre ces livrables lisibles, suivre les principes du tableau de bord de direction.
Ce que change un EPM
Un EPM, système de gestion de la performance d’entreprise, relie données financières, planification, calculs et restitution dans un processus partagé. Pour ROIC et EVA, son apport principal est de rendre les conventions reproductibles et les résultats explicables, non de déterminer automatiquement le bon coût du capital.
Fiabiliser les calculs et les comparaisons
Un EPM peut organiser les données par activité, entité et période, centraliser les règles de calcul et conserver plusieurs scénarios, ensembles cohérents d’hypothèses décrivant des futurs possibles. Il peut calculer le capital moyen, appliquer les taux validés et produire ROIC et EVA sur le réel comme sur la prévision. Les contrôles doivent vérifier la cohérence entre résultat, capital, périmètre et calendrier.
La traçabilité, capacité à retrouver l’origine d’une donnée et les transformations appliquées, permet d’expliquer un indicateur jusqu’aux données sources. Les circuits de validation, droits d’accès et historiques de modification encadrent les ajustements. Ces fonctionnalités dépendent du produit, des modules retenus et du paramétrage ; elles ne dispensent pas d’une gouvernance financière.
Relier exploitation et capital
Le modèle peut associer ventes, marges, stocks, délais de règlement et investissements afin de simuler leur effet sur l’EVA. Un changement de volume ne doit pas modifier seulement le résultat : il peut aussi accroître le BFR et les équipements nécessaires. Cette articulation relève de la planification budgétaire. Le TSR exige quant à lui des données boursières et des conventions propres ; il n’est pas déduit automatiquement du modèle opérationnel.
Examiner les solutions sur un cas réel
OneStream, CCH Tagetik et Oracle EPM sont des solutions pertinentes à examiner pour les processus financiers. Anaplan et Pigment peuvent être étudiés pour la modélisation et la planification. Sans classement, demander une démonstration sur vos conventions : calcul du capital moyen, gestion des acquisitions, rapprochement comptable, simulation du WACC et conservation de l’historique. Vérifier les fonctionnalités disponibles dans l’offre effectivement proposée.
Niveaux de maturité
Débutant : rendre le calcul explicite
L’organisation suit surtout le résultat et découvre l’importance du capital engagé. Les calculs de ROIC et d’EVA sont ponctuels, souvent dans un fichier manuel. Le capital est parfois limité à sa valeur de clôture et les ajustements sont peu documentés. Le signe distinctif d’un premier niveau maîtrisé est toutefois simple : un autre utilisateur peut recalculer les indicateurs à partir des sources et comprendre les exclusions.
La priorité n’est pas de multiplier les vues. Il faut stabiliser NOPAT, capital, période et WACC, puis expliquer pourquoi le TSR mesure autre chose. Le livrable central est un dictionnaire accompagné d’un exemple réconcilié avec la comptabilité.
Intermédiaire : intégrer la revue de gestion
Les conventions sont communes aux activités, les données sont rapprochées et les mesures reviennent dans les revues de performance. Le capital moyen devient représentatif des mouvements de l’exercice. Les responsables peuvent expliquer l’évolution de l’EVA par le profit, le capital et le coût du capital, puis proposer des actions sur les stocks, les règlements clients ou les investissements.
Le signe distinctif est le passage du constat à la décision : chaque dégradation significative donne lieu à une analyse et à une action suivie. Les acquisitions et les changements de méthode sont isolés pour préserver la lecture des tendances. Les limites de comparabilité sont visibles dans les restitutions.
Avancé : connecter valeur et allocation du capital
Le résultat, le bilan et la trésorerie prévisionnels sont reliés. Le bilan, état des actifs, des dettes et des capitaux propres à une date, permet de projeter le capital engagé. Les scénarios montrent l’effet conjoint des décisions opérationnelles et des investissements sur l’EVA future. Les projets restent évalués sur leurs flux futurs et leurs risques, sans être réduits au ROIC historique.
Le signe distinctif est une discipline d’arbitrage : les décisions sont comparées, leurs hypothèses conservées et leurs effets observés après mise en œuvre. La sophistication technique ne définit pas seule la maturité. Un modèle complexe sans conventions stables ni responsables identifiés reste fragile.
Checklist : questions à se poser
- [ ] Quelle décision chaque indicateur doit-il éclairer : amélioration opérationnelle, allocation du capital ou dialogue actionnarial ?
- [ ] Le ROIC utilise-t-il un résultat opérationnel après impôt théorique, indépendant des charges de financement ?
- [ ] Le taux d’impôt théorique est-il documenté, et les différences avec l’impôt effectivement payé sont-elles expliquées ?
- [ ] Le capital investi comprend-il toutes les ressources correspondant au résultat mesuré, sans inclure de trésorerie excédentaire par défaut ?
- [ ] Les stocks, créances et dettes d’exploitation sont-ils définis de manière identique entre activités et périodes ?
- [ ] Le traitement des acquisitions, des locations et des actifs en construction est-il explicite et cohérent entre résultat et capital ?
- [ ] La moyenne du capital représente-t-elle correctement la période, notamment en cas de saisonnalité ou d’investissement important ?
- [ ] Le WACC repose-t-il sur une méthode approuvée, avec des hypothèses de financement et de risque clairement identifiées ?
- [ ] Les taux et les flux sont-ils cohérents quant à l’impôt, à la devise et à l’horizon de mesure ?
- [ ] Peut-on vérifier l’identité EVA = (ROIC − WACC) × capital investi moyen avec les mêmes données et sans arrondis intermédiaires ?
- [ ] Les comparaisons distinguent-elles une amélioration opérationnelle d’un changement de périmètre ou de convention ?
- [ ] Les ROIC des activités sont-ils agrégés à partir des montants, plutôt que par une moyenne simple des taux ?
- [ ] Les cas de capital nul, négatif ou très faible sont-ils signalés comme potentiellement non interprétables ?
- [ ] Le TSR inclut-il les dividendes et tient-il compte des opérations sur actions selon une convention explicite ?
- [ ] Le rendement sans réinvestissement est-il clairement distingué d’une série avec réinvestissement des dividendes ?
- [ ] Les objectifs évitent-ils d’encourager le report de maintenance ou l’abandon d’investissements utiles à long terme ?
- [ ] Chaque résultat publié peut-il être retrouvé dans les sources, validé par un responsable et accompagné d’une explication ?
- [ ] La revue débouche-t-elle sur une action attribuée, une échéance et un suivi, plutôt que sur la seule présentation d’un pourcentage ?
À retenir + FAQ
À retenir : le ROIC mesure un rendement opérationnel du capital, l’EVA un surplus après rémunération théorique de ce capital, et le TSR un rendement actionnarial. Leur utilité dépend d’abord de conventions cohérentes et d’une lecture orientée vers les décisions. Aucun de ces indicateurs ne suffit, seul, à juger la qualité globale d’une entreprise.
Un ROIC élevé signifie-t-il toujours une forte création de valeur ?
Non. Il faut le comparer au WACC et regarder le capital engagé. Un taux élevé sur une petite base peut produire une EVA limitée. Un rendement élevé peut aussi refléter des actifs anciens dont la valeur comptable est faible. Examiner le montant créé, l’état des équipements et les besoins futurs évite une conclusion trop rapide.
Une EVA positive suffit-elle pour accepter un investissement ?
Non. L’EVA de la période décrit un résultat selon une convention donnée. Un projet doit être examiné sur ses flux futurs, son calendrier et ses risques. La valeur actuelle nette, ou VAN, est la somme des flux futurs convertis en valeur d’aujourd’hui, après prise en compte de l’investissement initial. Le taux d’actualisation est le taux utilisé pour convertir des flux futurs en valeur d’aujourd’hui ; il traduit la valeur temps de l’argent et le risque des flux considérés. Il doit être cohérent avec leur nature, leur devise et leur traitement fiscal. La cohérence entre EVA et VAN exige des hypothèses et traitements alignés.
Pourquoi le TSR peut-il baisser alors que l’EVA progresse ?
Le marché peut avoir anticipé une amélioration encore plus forte, réévalué le risque ou modifié ses attentes sur les résultats futurs. Le TSR dépend aussi du cours de départ. Une bonne performance opérationnelle ne garantit donc pas un rendement boursier positif sur la même période. Le commentaire doit distinguer réalisation économique et évolution des anticipations.
Peut-on utiliser ces indicateurs dans une entreprise non cotée ?
ROIC et EVA restent utilisables dès lors que le capital, le profit opérationnel et son coût sont définis. Le TSR boursier n’est pas observable sans cours de marché. Un rendement pour l’actionnaire peut être estimé à partir de distributions et de valorisations, mais il dépend alors d’hypothèses qu’il faut rendre visibles et ne doit pas être présenté comme un TSR de marché.
Faut-il ajuster les données comptables ?
Parfois, pour mieux représenter l’économie de l’activité. Chaque ajustement doit toutefois être justifié, appliqué de façon stable et rapproché des comptes. L’objectif n’est pas d’obtenir un indicateur favorable, mais une mesure comparable et utile. Présenter la convention de référence et les effets des ajustements préserve la confiance.

Comment ça marche
Délimiter l’objet mesuré. Choisir l’entreprise, une activité ou un projet, puis une période. Le résultat et le capital doivent couvrir le même périmètre. Pour le TSR, fixer séparément les dates d’observation de l’action et la convention applicable aux dividendes.
Calculer le profit opérationnel après impôt. Le résultat opérationnel sert de point de départ. Le NOPAT, résultat opérationnel net d’impôt théorique, vaut dans une convention simple : résultat opérationnel × (1 − taux d’impôt opérationnel). Ce calcul ne correspond pas nécessairement à l’impôt effectivement payé ; les traitements particuliers doivent être explicités.
Construire le capital investi. Une convention courante additionne les immobilisations nettes d’exploitation et le BFR d’exploitation, stocks et créances d’exploitation diminués des dettes d’exploitation sans intérêt. Les immobilisations nettes sont les actifs durables à leur valeur comptable après amortissements et éventuelles pertes de valeur. Exclure la trésorerie excédentaire, c’est-à-dire les liquidités qui ne sont pas nécessaires au fonctionnement courant de l’exploitation. Préciser séparément le traitement de la trésorerie opérationnelle minimale, liquidités nécessaires au fonctionnement courant de l’exploitation, dans la convention de capital investi. Documenter également le traitement des acquisitions et des locations.
Rapprocher flux et stock. Le NOPAT est produit sur une période, tandis que le capital est mesuré à une date. Employer un capital moyen : (capital initial + capital final) / 2 si cette approximation est représentative, ou une moyenne plus fréquente en cas de variations importantes. Calculer ROIC = NOPAT / capital investi moyen.
Calculer la charge de capital. La charge de capital vaut : WACC × capital investi moyen. Puis EVA = NOPAT − charge de capital. L’identité EVA = (ROIC − WACC) × capital investi moyen permet de vérifier la cohérence, avec des conventions identiques et un capital moyen non nul.
Lire le rendement actionnarial à part. Pour une période simple sans réinvestissement des dividendes : TSR = (cours final − cours initial + dividendes par action) / cours initial. Sur plusieurs périodes avec réinvestissement, utiliser une série de rendement total cohérente plutôt qu’additionner les rendements.