L'essentiel en 30 secondes
L’analyse de sensibilité mesure comment un résultat du modèle évolue lorsque certaines hypothèses varient. Dans un test univarié, une seule hypothèse est modifiée et les autres sont maintenues constantes. Elle répond à une question simple : si cette variable évolue, quelle conséquence faut-il attendre, dans les limites du modèle utilisé ?
- Isoler ce qui compte vraiment. Les prix, les quantités vendues, les coûts d’achat ou les délais de paiement n’ont pas tous le même effet sur les résultats. L’analyse permet de comparer leur influence sur une base explicite, puis de concentrer la surveillance sur les hypothèses les plus déterminantes. Une variable très incertaine n’est pas nécessairement la plus importante : son impact dépend aussi des montants concernés et des relations de calcul retenues.
- Transformer une prévision unique en plage de résultats. Au lieu de présenter seulement une valeur attendue, la finance montre ce que deviendrait le résultat pour différentes valeurs d’entrée. Cette plage n’est pas une garantie ni une mesure de probabilité. Elle décrit les conséquences des variations choisies, à périmètre et règles de calcul identiques. Les hypothèses testées doivent donc être visibles pour que le lecteur comprenne ce que l’analyse couvre et ce qu’elle laisse de côté.
- Relier les résultats à une décision. Une sensibilité est utile lorsqu’elle permet de définir une alerte, de choisir une action ou de préparer un arbitrage. Si une hausse de coût menace l’équilibre économique, l’équipe peut examiner une renégociation, une adaptation des prix ou une réduction de certaines dépenses. L’analyse ne choisit pas automatiquement la réponse : elle donne aux responsables une base commune pour comparer les conséquences et les contraintes de chaque option.
Le problème que ça résout
Sans analyse de sensibilité, une prévision peut paraître solide simplement parce qu’elle est détaillée. Les tableaux affichent un résultat précis, mais ne disent pas quelles hypothèses pourraient le faire basculer. La direction financière connaît alors la trajectoire attendue sans connaître sa fragilité.
Une précision apparente qui masque l’incertitude
Un prix moyen prévu, un niveau d’activité ou un délai de règlement sont souvent présentés comme des valeurs fixes. Pourtant, ces hypothèses n’ont ni la même fiabilité ni la même influence. Lorsque leur effet n’est pas mesuré, les discussions se concentrent sur le résultat final plutôt que sur les conditions qui permettent de l’atteindre.
La difficulté devient concrète lorsqu’un responsable demande quelle baisse d’activité reste supportable ou quelle hausse de coût impose une réaction. Sans modèle explicite, la réponse nécessite des calculs ponctuels, parfois construits différemment selon les équipes. Les échanges portent alors sur les fichiers et les conventions plutôt que sur les décisions.
Une meilleure hiérarchisation des alertes
L’analyse de sensibilité distingue l’importance économique d’une hypothèse de son degré d’incertitude. Une hypothèse relativement stable peut avoir un effet majeur ; une autre, très fluctuante, peut rester secondaire. Croiser ces deux dimensions aide à choisir les informations à surveiller et les interlocuteurs à mobiliser.
Elle facilite aussi le dialogue entre finance et opérations. Les équipes commerciales peuvent expliquer les limites d’une variation de prix ; les achats peuvent préciser les engagements déjà contractés ; la production peut signaler les capacités disponibles. Le modèle devient un support de discussion, et non une affirmation isolée de la finance.
Enfin, cette pratique évite de confondre objectif et estimation. Un budget, référence chiffrée approuvée pour une période, peut rester inchangé alors que la prévision et ses sensibilités évoluent. Le budget fixe une référence de pilotage ; le forecast exprime l’estimation actualisée des résultats attendus. L’enjeu n’est pas de produire davantage de variantes, mais de comprendre assez tôt ce qui nécessite une décision.
Exemple concret chiffré
Cet exemple est entièrement fictif : une ETI, entreprise de taille intermédiaire, fabrique et vend un produit unique sur une période annuelle. Elle prévoit de vendre 10 000 unités à 100 € chacune, avec un coût variable unitaire de 60 € et des coûts fixes de 250 000 €.
Le chiffre d’affaires (CA) est le montant des ventes : quantité × prix. Les coûts variables évoluent ici proportionnellement aux quantités vendues ; les coûts fixes restent inchangés dans la plage d’activité testée. La marge sur coûts variables est égale au CA − coûts variables. Le résultat du modèle est cette marge diminuée des coûts fixes ; il ne représente pas un résultat net comptable.
| Hypothèse ou résultat | Référence | Volume −10 % | Prix −5 % | Coût unitaire +5 % | |---|---:|---:|---:|---:| | Quantités vendues | 10 000 | 9 000 | 10 000 | 10 000 | | Prix unitaire | 100 € | 100 € | 95 € | 100 € | | Coût variable unitaire | 60 € | 60 € | 60 € | 63 € | | CA | 1 000 000 € | 900 000 € | 950 000 € | 1 000 000 € | | Coûts variables | 600 000 € | 540 000 € | 600 000 € | 630 000 € | | Marge sur coûts variables | 400 000 € | 360 000 € | 350 000 € | 370 000 € | | Coûts fixes | 250 000 € | 250 000 € | 250 000 € | 250 000 € | | Résultat du modèle | 150 000 € | 110 000 € | 100 000 € | 120 000 € | | Écart à la référence | 0 € | −40 000 € | −50 000 € | −30 000 € |
Vérification des opérations
Référence : 10 000 × 100 − 10 000 × 60 − 250 000 = 150 000 €.
Volume : 10 000 × (1 − 10 %) = 9 000 unités ; 9 000 × (100 − 60) − 250 000 = 110 000 €. Écart : 110 000 − 150 000 = −40 000 €, défavorable.
Prix : 100 × (1 − 5 %) = 95 € ; 10 000 × (95 − 60) − 250 000 = 100 000 €. Écart : 100 000 − 150 000 = −50 000 €, défavorable.
Coût : 60 × (1 + 5 %) = 63 € ; 10 000 × (100 − 63) − 250 000 = 120 000 €. Écart : 120 000 − 150 000 = −30 000 €, défavorable.
Le test de prix suppose les quantités inchangées. Si prix et volume baissent simultanément comme ci-dessus, le résultat devient 9 000 × (95 − 60) − 250 000 = 65 000 €, soit −85 000 € par rapport à la référence. Les effets isolés ne s’additionnent donc pas exactement.
Mettre en œuvre : la méthode étape par étape
Le déploiement doit partir d’une décision à éclairer, pas d’une bibliothèque de variantes. Un premier périmètre limité facilite la validation des calculs et des usages avant une extension à d’autres activités.
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Cadrer la question de gestion. Choisir le responsable de la décision, le résultat observé, l’horizon et les contraintes. Déterminer aussi les exclusions : certaines dépenses peuvent être engagées, certains prix contractuellement fixés. Livrable : une note de cadrage précisant la question, le périmètre et l’usage attendu.
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Recenser les hypothèses. Pour chaque variable, renseigner sa définition, son unité, sa source, sa date de mise à jour et le responsable capable de la valider. Distinguer les valeurs observées des estimations. Livrable : un registre des hypothèses précisant les justifications, les responsabilités et les conditions de révision.
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Construire et vérifier les relations. Relier les variables opérationnelles aux montants financiers. Contrôler les unités, les signes, les règles de calendrier et les éventuelles limites de capacité. Livrable : un schéma de calcul accompagné de cas de test dont les résultats sont recalculables manuellement.
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Fixer la référence et les plages. Une version, état identifié des données et des hypothèses, permet de conserver la situation de départ. Justifier les valeurs basses et hautes avec les métiers, sans imposer des variations uniformes à toutes les variables. Livrable : une version de référence datée et une grille de variations documentées.
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Produire et faire valider les analyses. Tester les variables séparément, puis les combinaisons importantes. Faire confirmer par les responsables opérationnels que les situations restent réalisables. Livrable : des tableaux comparatifs, une synthèse des effets et une liste des limites connues.
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Organiser l’utilisation récurrente. Définir qui actualise les hypothèses, qui valide les calculs et qui décide d’une action. Prévoir une révision lorsque les conditions économiques ou les relations du modèle changent. Livrable : un calendrier de revue et un registre des décisions, avec responsable, condition de déclenchement et suivi de réalisation.
Bonnes pratiques
Partir des mécanismes économiques
Une sensibilité utile suit une relation compréhensible par les équipes. Pour une vente, distinguer quantité, prix et coût unitaire est généralement plus instructif que d’appliquer une variation globale au résultat. Cette séparation permet d’expliquer pourquoi le résultat change et d’identifier les responsables capables d’agir.
Choisir des plages crédibles plutôt que symétriques par habitude. Une baisse et une hausse peuvent avoir des limites différentes selon les contrats, la capacité disponible ou la réaction des clients. La plage retenue doit être expliquée ; elle ne devient pas une prévision probable simplement parce qu’elle figure dans le tableau.
Préserver la comparabilité
Conserver la même période, le même périmètre et les mêmes règles de calcul entre référence et variantes. Toute modification supplémentaire doit être signalée. Sans cela, l’écart observé peut mélanger l’effet de l’hypothèse testée et celui d’un changement de méthode.
Exprimer les impacts en montant et, lorsque la base s’y prête, en variation relative. Le montant rend l’enjeu concret ; la variation relative aide à comparer des activités de tailles différentes. Toujours préciser la base du pourcentage et éviter ce ratio si elle est nulle ou difficile à interpréter.
Séparer exposition et réponse
L’exposition, effet d’une variation avant action corrective, doit être distinguée du résultat après décision. Réduire une dépense ou augmenter un prix peut atténuer un effet, mais implique des délais, des coûts et parfois une réaction commerciale. Présenter les deux situations empêche de faire disparaître le risque dans une réponse supposée immédiate.
Documenter et maintenir
Enregistrer la date des hypothèses, les sources et les réserves des responsables. Une analyse ancienne peut rester mathématiquement exacte tout en décrivant une situation devenue irréaliste. La maintenance doit porter autant sur les relations économiques que sur les données d’entrée.
Enfin, limiter la restitution aux variables utiles à l’arbitrage. Les détails doivent rester accessibles, mais le document de décision doit faire ressortir l’hypothèse concernée, l’effet mesuré, la limite du modèle et l’action envisageable. Une explication courte et vérifiable vaut mieux qu’une accumulation de tableaux sans conclusion.
Erreurs fréquentes et pièges
Confondre sensibilité et probabilité
Une variation testée décrit une conséquence conditionnelle, pas la chance qu’elle se produise. Éviter les expressions comme « résultat probable » si aucune méthode ne permet de justifier cette probabilité. Présenter plutôt le résultat obtenu sous les hypothèses indiquées.
Comparer des variations non équivalentes
Le classement des variables dépend des plages choisies. Une forte variation de volume peut produire un effet supérieur à une faible variation de prix sans démontrer que le volume est intrinsèquement plus sensible. Pour comparer les mécanismes, utiliser par exemple l’élasticité, rapport entre la variation relative du résultat et celle de l’entrée, avec des bases non nulles et interprétables ; son calcul est détaillé en section 8. Pour décider, comparer aussi des variations plausibles propres à chaque variable.
Additionner les effets isolés
Lorsque le résultat contient un produit de variables, les effets combinés peuvent différer de la somme des effets séparés. Le cas fictif montre cette interaction entre prix et quantité. Recalculer la combinaison complète plutôt que sommer les écarts. Les scénarios permettent d’examiner ces situations cohérentes en recalculant ensemble les hypothèses qui évoluent.
Maintenir des hypothèses incompatibles
Un test de prix à volume constant aide à isoler le mécanisme financier, mais ne décrit pas nécessairement une situation commerciale réaliste. De même, une hausse d’activité peut nécessiter des dépenses supplémentaires. Conserver le test isolé pour l’explication, puis ajouter une combinaison tenant compte des réactions et des contraintes.
Oublier les ruptures de comportement
Un coût par palier, dépense qui augmente lorsqu’un seuil d’activité est franchi, ne suit pas une proportion constante. Une capacité saturée, un recrutement ou une nouvelle équipe peuvent modifier la relation de calcul. Définir la plage dans laquelle le modèle reste valable et vérifier séparément les franchissements de seuil.
Confondre simulation et écart constaté
Un écart budgétaire est égal à réel − budget ; un écart de prévision est égal à réel − forecast. L’écart de simulation compare, lui, une variante à la référence du modèle. Nommer explicitement chaque comparaison et préciser favorable ou défavorable selon la nature de la mesure : une hausse de revenu et une hausse de coût ne se lisent pas de la même manière.
Indicateurs et livrables associés
Un KPI, indicateur clé de performance, synthétise une information utile au pilotage. Pour la sensibilité, il faut distinguer les mesures d’effet, les limites économiques et la qualité de la prévision.
Mesurer l’effet d’une hypothèse
L’impact absolu se calcule ainsi : ΔR = R simulé − R de référence, où R désigne le résultat observé. L’impact relatif est ΔR / R de référence, si cette base est non nulle et interprétable. Dans l’exemple fictif, la baisse de prix produit −50 000 / 150 000 = −1/3, soit une baisse exacte d’un tiers du résultat.
La sensibilité unitaire, variation du résultat rapportée à la variation d’une entrée, se calcule par ΔR / ΔX. Dans le test fictif de prix : (100 000 − 150 000) / (95 − 100) = 10 000 € de résultat par euro de prix unitaire, à quantité constante.
L’élasticité se calcule par (ΔR / R de référence) / (ΔX / X de référence). Pour le volume fictif : (−40 000 / 150 000) / (−1 000 / 10 000) = 8/3. Ce rapport décrit le test retenu ; il n’est pas nécessairement constant hors de cette plage. Les bases doivent être non nulles et interprétables.
Repérer une limite économique
Le seuil de rentabilité, niveau d’activité auquel le résultat du modèle est nul, s’exprime ici en quantité : coûts fixes / (prix − coût variable unitaire), avec une marge unitaire positive. Dans l’exemple fictif : 250 000 / (100 − 60) = 6 250 unités. Cette formule suppose les coûts fixes et la marge unitaire inchangés.
Suivre la prévision, séparément
La forecast accuracy désigne la précision des prévisions, qui peut être mesurée selon différentes conventions. On retient ici, pour une observation dont le réalisé est strictement positif : 1 − |réel − prévision| / réel. Ce score peut être négatif et ne mesure pas la qualité d’un test de sensibilité. Son suivi exige de conserver la prévision évaluée, sa date et l’horizon correspondant.
Les livrables comprennent le registre des hypothèses, les tableaux d’impacts, les combinaisons testées et les seuils d’alerte. Un diagramme en tornade, graphique classant les amplitudes d’effet des variables, facilite la lecture si les plages testées sont affichées. La synthèse doit enfin associer chaque exposition importante à une décision possible.
Ce que change un EPM
Un EPM, système de gestion de la performance de l’entreprise, rassemble des fonctions de planification, de calcul, d’analyse et de suivi des processus financiers. Pour l’analyse de sensibilité, son intérêt principal est d’organiser un modèle partagé et des variantes contrôlées, plutôt que de multiplier des fichiers indépendants.
Des fonctions concrètes à rechercher
La gestion des versions permet de conserver une référence et de créer des variantes sans l’écraser. Des paramètres séparés des formules rendent les hypothèses modifiables et les relations plus lisibles. Les calculs peuvent ensuite être appliqués aux périmètres retenus : entités, produits ou périodes.
Les droits d’accès encadrent qui peut modifier une hypothèse ou publier un résultat. Un circuit de validation, succession d’étapes de soumission et d’approbation, permet d’organiser la revue des entrées. Une piste d’audit, historique des changements et de leurs auteurs, aide à expliquer pourquoi une variante diffère de la référence.
Les restitutions peuvent présenter des comparaisons de versions, des tableaux à deux variables et des graphiques d’impacts. Leur disponibilité dépend du produit, des modules retenus et du modèle configuré. L’automatisation ne remplace ni la justification des plages ni la validation des relations économiques.
Des éditeurs à examiner selon le besoin
OneStream, CCH Tagetik et Oracle EPM proposent des fonctions de planification et d’analyse financière à examiner dans le périmètre de solution retenu. SAP Analytics Cloud couvre notamment des usages de planification et d’analyse. Anaplan, Pigment, Board et Workday Adaptive Planning sont également pertinents pour étudier des modèles de planification et des variantes d’hypothèses.
Cette liste ne constitue pas un classement. La comparaison doit porter sur un cas représentatif : création d’une référence, modification d’un inducteur, recalcul, comparaison et validation. Il faut aussi vérifier les droits, la traçabilité, les possibilités de restitution et l’effort de maintenance. Un outil adapté conserve l’explicabilité du calcul ; il ne transforme pas une hypothèse fragile en information certaine.
Niveaux de maturité
La maturité se reconnaît à la fiabilité des usages et à leur intégration dans la décision, pas au nombre de variantes ni au logiciel employé. Une organisation peut disposer d’un outil élaboré tout en conservant des hypothèses peu documentées.
Débutant : comprendre les effets isolés
Les analyses sont ponctuelles, souvent réalisées dans un tableur à la demande d’un responsable. Les variables sont modifiées séparément et les résultats concernent un périmètre limité. Le signe positif est la capacité à expliquer les opérations et à distinguer la référence des variantes.
Les limites apparaissent lorsque les plages sont choisies sans justification, que les formules diffèrent d’un fichier à l’autre ou que la référence est écrasée. La priorité consiste à stabiliser un modèle simple, conserver les versions et documenter les principales hypothèses. Il n’est pas nécessaire de commencer par une couverture exhaustive.
Intermédiaire : rendre la pratique reproductible
Les définitions, sources et responsabilités sont communes. Les analyses suivent un calendrier et alimentent les échanges de gestion. Les tableaux croisent les variables importantes et les responsables opérationnels valident les combinaisons retenues.
Un signe distinctif est la possibilité de reproduire une analyse passée avec les mêmes données et règles. Les seuils d’alerte sont explicités, mais les actions peuvent encore être discutées tardivement. La progression consiste à relier chaque exposition majeure à une réponse préparée, en intégrant ses délais et ses contraintes.
Avancé : piloter les conditions de décision
Les analyses sont intégrées à la révision des prévisions. Les relations entre activité, coûts et encaissements sont cohérentes ; les limites de capacité et les changements de comportement sont pris en compte lorsqu’ils sont significatifs. Les résultats avant et après action sont distingués.
Le signe le plus important est l’usage effectif : lorsqu’une hypothèse franchit une limite convenue, un responsable sait quelle décision réexaminer. Les modèles sont régulièrement confrontés aux observations, et leurs relations sont ajustées si nécessaire.
Ce niveau ne supprime pas l’incertitude. Il permet de l’exposer clairement, de comprendre les limites du calcul et d’agir avec une responsabilité identifiée. Une organisation avancée sait aussi renoncer à une sophistication qui ne change aucune décision.
Checklist : questions à se poser
Cette checklist s’utilise avant de publier une analyse ou de la présenter en réunion de décision. Une réponse négative n’interdit pas forcément le test, mais doit conduire à une réserve explicite, à une correction ou à une validation complémentaire.
Cadrage et référence
- [ ] La question de gestion à éclairer est-elle formulée clairement ?
- [ ] Le résultat observé, la période et le périmètre sont-ils définis ?
- [ ] La référence de calcul est-elle identifiée, datée et conservée ?
- [ ] Les données observées sont-elles distinguées des hypothèses encore incertaines ?
- [ ] Les conventions du modèle sont-elles compréhensibles par son destinataire ?
Hypothèses et calculs
- [ ] Chaque variable dispose-t-elle d’une définition, d’une unité, d’une source et d’un responsable ?
- [ ] Les variations testées sont-elles justifiées par une information ou une incertitude documentée ?
- [ ] Le caractère relatif ou absolu de chaque variation est-il précisé ?
- [ ] Les tests isolés maintiennent-ils réellement les autres hypothèses constantes ?
- [ ] Les effets combinés sont-ils recalculés plutôt qu’obtenus par simple addition ?
- [ ] Les relations entre prix, quantités, coûts et délais sont-elles cohérentes dans les scénarios ?
- [ ] Les contraintes de capacité et les coûts par palier sont-ils pris en compte lorsqu’ils comptent ?
- [ ] Les opérations peuvent-elles être vérifiées indépendamment sur un cas simple ?
Restitution et décision
- [ ] Les écarts indiquent-ils leur base de comparaison et leur caractère favorable ou défavorable ?
- [ ] Les pourcentages ont-ils une base non nulle et économiquement interprétable ?
- [ ] Les plages testées sont-elles visibles, notamment dans les classements graphiques ?
- [ ] La présentation évite-t-elle d’attribuer une probabilité non justifiée aux variantes ?
- [ ] Le résultat avant action est-il séparé du résultat après action corrective ?
- [ ] Chaque exposition importante renvoie-t-elle à une réponse possible et à un responsable ?
- [ ] Les limites du modèle et les conditions de révision sont-elles explicites ?
- [ ] Une personne est-elle chargée de suivre les hypothèses après la présentation ?
La dernière vérification est pratique : si une hypothèse évolue demain, l’équipe sait-elle quel calcul refaire, qui consulter et quelle décision réexaminer ?
À retenir + FAQ
À retenir. L’analyse de sensibilité mesure une conséquence sous hypothèses, pas une probabilité. Sa valeur repose sur une référence stable, des relations explicites et des variations justifiées. Elle devient un outil de pilotage lorsque les effets mesurés débouchent sur des alertes, des responsabilités et des décisions préparées.
Quelle différence entre analyse de sensibilité et scénario ?
La sensibilité isole généralement l’effet d’une variable, ou examine un croisement limité. Le scénario rassemble des hypothèses cohérentes décrivant une situation possible. Les deux sont complémentaires : la première aide à comprendre les mécanismes, le second vérifie leurs conséquences combinées dans un contexte plausible. Un test isolé peut être instructif sans constituer une situation réaliste à lui seul.
Comment choisir les variations à tester ?
Partir des engagements contractuels, des informations opérationnelles, des évolutions observées et des incertitudes identifiées. Faire valider les plages par les responsables concernés. Une variation identique appliquée à toutes les entrées peut faciliter une comparaison technique, mais ne reflète pas forcément leur incertitude économique. La justification doit rester visible dans la restitution.
Peut-on commencer dans un tableur ?
Oui, si le périmètre est limité et les relations simples. Il faut séparer les entrées des formules, conserver une référence, nommer les variantes et contrôler les opérations. Le besoin d’un outil plus structuré apparaît notamment lorsque les contributeurs, les versions ou les dépendances rendent les contrôles difficiles. Le changement d’outil ne dispense jamais de documenter le modèle.
À quelle fréquence actualiser l’analyse ?
Lors des révisions de prévision et lorsque les hypothèses importantes changent. Une nouvelle condition contractuelle, une contrainte de capacité ou une évolution des délais peut justifier une mise à jour en dehors du calendrier habituel. Revoir aussi les relations de calcul : actualiser les valeurs ne suffit pas si le comportement économique a changé.
L’analyse permet-elle de fixer automatiquement une action ?
Non. Elle rend visibles les conséquences financières des hypothèses retenues. Le choix d’une action dépend aussi de sa faisabilité, de son délai, de son coût et de ses effets sur les clients ou les opérations. Une restitution utile présente ces contraintes et distingue l’exposition initiale du résultat après réponse, sans supposer que la correction sera immédiate ou certaine.

Comment ça marche
La mécanique repose sur un modèle de prévision, ensemble de relations de calcul reliant des hypothèses à des résultats. Une référence de calcul, situation initiale à laquelle les variantes sont comparées, doit être fixée avant tout test.
Choisir le résultat à observer. Définir la mesure concernée, la période et le périmètre : activité commerciale, résultat d’une entité ou trésorerie disponible. Une même variation peut améliorer le résultat tout en dégradant les encaissements ; le choix de la mesure doit correspondre à la décision recherchée.
Identifier les variables explicatives. Un inducteur, variable opérationnelle qui détermine un montant calculé, peut être une quantité vendue, un prix ou un coût unitaire. Séparer les données d’entrée des résultats calculés évite de modifier artificiellement les deux. Cette logique consiste à construire la prévision à partir des mécanismes opérationnels qui expliquent les montants financiers.
Définir les variations testées. Choisir des valeurs justifiées par les contrats, les informations opérationnelles ou les incertitudes identifiées. Préciser si la variation est relative, exprimée en pourcentage de la valeur initiale, ou absolue, exprimée dans son unité. Ne pas attribuer de probabilité sans base documentée.
Recalculer à hypothèses comparables. Modifier une seule variable pour isoler son effet, puis comparer le nouveau résultat à la référence. L’écart de simulation se calcule ainsi : résultat simulé − résultat de référence. Son caractère favorable ou défavorable dépend de la mesure observée, et non du signe seul.
Examiner les interactions. Une analyse à deux variables, test croisé de deux hypothèses dans un tableau, permet d’observer leurs effets combinés. Un scénario, ensemble cohérent d’hypothèses décrivant une situation possible, va plus loin : il peut intégrer la relation entre prix, demande et coûts.
Traduire l’effet en décision. Présenter les variations utiles, les limites du modèle et les actions envisageables. La sensibilité isolée sert à comprendre un mécanisme ; le scénario sert à vérifier qu’une combinaison reste plausible.