Contrôle de gestion & analyse

Pilotage et réduction des coûts

Comprendre les coûts, choisir les bons leviers et vérifier les économies sans fragiliser l'activité.

Lecture : 22 min

Le pilotage des coûts consiste à comprendre les ressources consommées par l'activité, à expliquer leur évolution et à agir sur leurs causes. Il s'inscrit dans le contrôle de gestion, démarche qui relie objectifs, moyens et résultats pour éclairer les décisions. Réduire les coûts ne signifie donc pas appliquer une coupe uniforme : il faut distinguer ce qui finance la valeur créée, ce qui peut être amélioré et ce qui peut être supprimé. La direction financière organise cette lecture avec les responsables opérationnels, puis vérifie les économies et leurs conséquences.

01

L'essentiel en 30 secondes

Piloter et réduire les coûts consiste à relier les ressources consommées aux besoins de l'activité, puis à modifier ce qui peut l'être sans dégrader la valeur produite. La démarche compare les résultats à une référence explicite, comme le budget, traduction chiffrée des objectifs et des moyens prévus pour une période, et distingue une économie durable d'un simple déplacement de dépense.

  • Comprendre avant de couper. Une hausse des coûts peut provenir d'une activité plus importante, d'un prix d'achat supérieur ou d'une consommation excessive. À l'inverse, une baisse peut masquer un entretien reporté ou un service moins bien rendu. L'analyse doit donc rapprocher chaque poste d'un besoin concret : produire, livrer, servir un client ou assurer une obligation. Elle permet de décider si la dépense est utile, ajustable ou évitable, plutôt que de traiter tous les postes de la même manière.
  • Transformer une intention en action vérifiable. Chaque levier doit préciser ce qui change, qui en répond, quand l'effet commence et quelles conditions rendent l'économie possible. Renégocier un contrat, supprimer un abonnement inutilisé ou réduire les rebuts, matières ou produits rejetés parce qu'ils sont inutilisables ou non conformes, n'ont ni les mêmes délais ni les mêmes risques. Le montant annoncé doit tenir compte des dépenses nécessaires à la mise en œuvre et rester distinct des économies déjà observées dans les comptes.
  • Contrôler le résultat et ses contreparties. Une économie n'est réussie que si elle résiste à la comparaison avec une référence pertinente et ne réapparaît pas ailleurs. Le suivi associe donc les coûts à des mesures de qualité, de délai et de charge de travail. La direction financière vérifie les montants ; les responsables de l'activité confirment que le changement est effectif et soutenable. Ensemble, ils décident de poursuivre, corriger ou arrêter l'action.
02

Le problème que ça résout

Sans pilotage des coûts, la direction financière dispose souvent d'une liste de dépenses, mais pas d'une explication de leur évolution. Les comptes indiquent ce qui a été enregistré ; ils ne disent pas toujours quelle activité l'a provoqué, quel responsable peut agir ou quelle conséquence aurait une réduction.

Les coûts variables, coûts qui évoluent avec le niveau d'activité dans les conditions étudiées, doivent être distingués des coûts fixes, coûts qui restent stables dans une plage d'activité et sur un horizon donnés. Cette distinction évite de juger comme une dérive toute hausse liée à davantage de commandes. Elle évite aussi de supposer qu'une baisse d'activité fera immédiatement disparaître les loyers ou les engagements contractuels.

Une autre difficulté tient aux coûts directs, coûts rattachables sans répartition à un objet étudié, et aux coûts indirects, coûts communs qui nécessitent une règle de répartition. Un produit peut sembler plus coûteux parce que la règle a changé, sans consommation supplémentaire pour l'entreprise. Les catégories direct/indirect et fixe/variable répondent à des questions différentes : elles ne doivent pas être confondues.

Les responsabilités deviennent également floues lorsque les achats négocient un prix, les équipes définissent le besoin et la finance constate la facture. Chacun peut annoncer une économie différente. Une commande annulée, une remise obtenue et une consommation réduite ne se cumulent pas automatiquement.

La pratique résout enfin un problème d'arbitrage. Une coupe uniforme peut préserver des dépenses peu utiles et fragiliser une activité essentielle. Elle remplace cette logique par une lecture des causes, des engagements et des risques. L'analyse des écarts aide à expliquer les différences observées ; le pilotage des coûts transforme ensuite cette explication en décisions suivies.

03

Comment ça marche

La mécanique repose sur une boucle simple : établir une référence, expliquer les différences, choisir des leviers, puis vérifier leurs effets. Le calcul seul ne suffit pas ; chaque étape doit relier une donnée financière à une réalité opérationnelle.

  1. Délimiter l'analyse. Préciser les activités, les entités et les périodes couvertes. Rassembler les coûts enregistrés et les volumes correspondants. Les comparaisons doivent utiliser les mêmes règles, notamment pour les dépenses rattachées à chaque période.
  2. Construire la référence. Retenir le budget, une période comparable ou une situation attendue sans action. Documenter les changements d'activité, de prix et d'organisation. Une référence ajustée ne doit jamais servir à effacer une dérive : le budget initial reste visible séparément.
  3. Expliquer les causes. Un inducteur de coût est un facteur mesurable qui explique la consommation de ressources, comme le nombre de livraisons ou les heures nécessaires à une production. Séparer ce qui vient du prix, du volume et de l'efficacité. La planification par inducteurs permet de prolonger cette logique dans les prévisions.
  4. Simuler les leviers. Comparer la situation sans action à la situation avec action. Inclure les coûts de mise en œuvre, les délais contractuels, les effets sur les autres services et les risques de qualité. Distinguer une baisse effective des coûts d'une hausse future simplement évitée.
  5. Décider et attribuer. Chaque action reçoit un responsable, une échéance, une preuve attendue et une règle de mesure. La validation financière ne remplace pas l'accord du responsable qui devra modifier le fonctionnement réel.
  6. Mesurer et réviser. Confronter les effets attendus aux coûts observés. Le forecast, prévision actualisée à partir des informations disponibles, intègre les économies devenues plausibles, mais ne modifie pas rétroactivement le budget. Une action retardée doit apparaître comme telle, avec son nouvel effet attendu.
04

Exemple concret chiffré

Ce cas est entièrement fictif : une entreprise réduit ses coûts à volume annuel et niveau de service inchangés. Elle fabrique et vend 10 000 unités ; son chiffre d'affaires (CA), montant des ventes réalisées sur la période, reste de 300 000 €.

La référence est le budget sans action. Le coût variable unitaire passe de 12 € à 11 €. La suppression d'abonnements inutilisés réduit les coûts fixes annuels de 5 000 €. Les actions prennent effet dès le début de l'année. Leur mise en œuvre entraîne une charge, élément comptabilisé qui diminue le résultat de la période, de 6 000 €, intégralement enregistrée cette année. Aucun autre effet n'est retenu.

| Poste annuel | Référence sans action | Avec actions, première année | |---|---:|---:| | Volume vendu | 10 000 unités | 10 000 unités | | CA | 300 000 € | 300 000 € | | Coût variable unitaire | 12 € | 11 € | | Coûts variables | 120 000 € | 110 000 € | | Coûts fixes hors mise en œuvre | 80 000 € | 75 000 € | | Charge ponctuelle de mise en œuvre | 0 € | 6 000 € | | Total des coûts présentés | 200 000 € | 191 000 € | | CA moins les coûts présentés | 100 000 € | 109 000 € |

Coûts variables de référence = 10 000 × 12 = 120 000 € ; après action = 10 000 × 11 = 110 000 €. Total de référence = 120 000 + 80 000 = 200 000 €. Total de première année = 110 000 + 75 000 + 6 000 = 191 000 €. Le CA moins les coûts présentés vaut respectivement 300 000 − 200 000 = 100 000 € et 300 000 − 191 000 = 109 000 €.

L'économie annuelle récurrente, reproductible si les conditions restent identiques, est de 10 000 + 5 000 = 15 000 €. L'économie nette de première année est de 15 000 − 6 000 = 9 000 €, soit 9 000 / 200 000 × 100 = 4,5 %.

La marge sur coûts variables, égale au CA moins les coûts variables, passe de 300 000 − 120 000 = 180 000 € à 300 000 − 110 000 = 190 000 €. L'écart budgétaire, égal au réel moins le budget, serait de 191 000 − 200 000 = −9 000 € si les montants après action sont constatés : il est favorable pour les coûts.

Un encaissement est une entrée d'argent ; un décaissement est une sortie d'argent. La comptabilisation des charges et les mouvements d'argent peuvent intervenir à des dates différentes : ces économies ne prouvent donc pas une amélioration équivalente des flux d'argent de l'année.

05

Mettre en œuvre : la méthode étape par étape

Le déploiement doit produire une méthode commune avant de multiplier les actions. Mieux vaut une première analyse limitée, vérifiable et réutilisable qu'un inventaire exhaustif dont personne ne partage les règles.

  1. Cadrer les objectifs et les limites. Définir ce qui doit être protégé : obligations réglementaires, sécurité, qualité, compétences critiques ou capacité de production. Livrable : une note de cadrage précisant les activités couvertes, les décideurs, les exclusions et les critères d'arbitrage.
  2. Fiabiliser les données. Rapprocher les dépenses analysées des comptes et vérifier les périodes, les contrats, les volumes et les responsabilités. Un référentiel est un ensemble partagé de codes et de règles qui garantit une lecture cohérente des données. Livrable : un référentiel des postes de coûts et une liste des anomalies à corriger.
  3. Établir une référence signée. Documenter les hypothèses d'activité et les engagements déjà pris. Faire valider la situation sans action par la finance et les responsables concernés. Livrable : une base de comparaison datée, conservée sans écrasement.
  4. Constituer le portefeuille d'actions. Décrire chaque levier, son économie attendue, sa charge de mise en œuvre et ses dépendances. Le budget base zéro, méthode qui demande de justifier les besoins et les dépenses plutôt que de reconduire automatiquement le passé, peut aider à examiner certains postes. Pour un premier déploiement, il peut être pertinent de limiter le budget base zéro à certains postes avant d'envisager une extension. Livrable : des fiches d'action comparables.
  5. Tester puis décider. Valider les hypothèses avec les achats, les équipes et, si nécessaire, les fonctions juridiques ou techniques. Livrable : un plan approuvé avec responsables, dates et conditions de lancement.
  6. Installer la revue de suivi. Organiser une revue régulière des effets financiers et opérationnels. Livrable : un tableau de suivi distinguant économies prévues, réalisées, retardées et abandonnées, accompagné des décisions correctives.
06

Bonnes pratiques

Comparer ce qui est comparable

Conserver une référence stable, mais présenter séparément les effets d'un changement de volume ou d'activité. Une économie mesurée à activité constante répond à une autre question qu'une baisse totale des coûts. Afficher les deux lectures évite de récompenser une baisse d'activité comme une amélioration d'efficacité.

Relier chaque levier à une preuve

Associer l'action à un contrat modifié, un abonnement résilié, une consommation mesurée ou un processus effectivement changé. La preuve financière doit être compatible avec la preuve opérationnelle. Une négociation conclue ne produit pas nécessairement un effet immédiat si un ancien tarif reste applicable à certaines commandes.

Séparer les effets économiques et les paiements

Une charge diminue le résultat de la période ; un décaissement correspond à une sortie d'argent. Leur calendrier peut différer. Une facture payée plus tard ne constitue pas une économie de coût. À l'inverse, une charge réduite peut améliorer les paiements seulement après l'écoulement d'engagements antérieurs.

Surveiller les déplacements de coûts

Les allocations, répartitions de coûts communs entre activités selon des règles définies, rendent les consommations visibles mais ne créent pas d'économie à elles seules. Examiner le total de l'entreprise avant de conclure qu'un service a réellement réduit les coûts. Les refacturations internes consistent à facturer à une autre entité de l'organisation des biens ou services fournis, ou des dépenses engagées pour son compte ; entre services d'une même entité juridique, il s'agit d'imputations internes, affectations de coûts sans facture entre personnes juridiques distinctes. Contrairement aux allocations, qui répartissent des coûts, les refacturations matérialisent donc une facturation entre entités juridiques. Les allocations et refacturations internes doivent rester explicables et cohérentes avec l'usage des ressources.

Donner un rôle aux équipes concernées

Faire participer les utilisateurs des ressources, pas seulement les détenteurs du budget. Ils identifient les besoins inutiles, les contraintes et les effets indésirables. Fixer aussi une condition d'arrêt : si la qualité ou la sécurité se dégrade, le plan doit pouvoir être corrigé sans attendre la fin de la période.

Enfin, intégrer les actions confirmées à la prévision et aux pratiques courantes. Sans cette étape, une dépense supprimée peut revenir au prochain budget faute de règle claire ou de responsable identifié.

07

Erreurs fréquentes et pièges

Appliquer la même coupe à tous les postes

Une réduction uniforme ignore les engagements, les risques et l'utilité des ressources. Elle peut supprimer une maintenance nécessaire tout en conservant des abonnements sans usage. Pour l'éviter, classer les dépenses selon leur contribution à l'activité et leur caractère réellement ajustable, puis arbitrer les leviers séparément.

Confondre baisse d'activité et économie

Si moins de produits sont fabriqués, certains coûts diminuent naturellement. Cette baisse ne prouve pas une amélioration. Comparer le coût attendu au volume réel avec le coût constaté, et présenter l'effet volume à part. Pour les coûts fixes, vérifier la plage d'activité et l'horizon retenus avant de conclure.

Additionner plusieurs fois le même gain

Les achats peuvent annoncer une réduction tarifaire tandis que le responsable de service annonce une baisse de facture incluant déjà cette réduction. Attribuer un identifiant unique à chaque action et désigner un validateur financier. Les économies doivent pouvoir être rapprochées des postes concernés sans chevauchement.

Oublier le coût de la transformation

Changer de fournisseur, réorganiser une équipe ou modifier un outil peut demander une dépense initiale et une période de transition. Présenter séparément l'économie récurrente et l'effet net de la période. Une action pertinente à terme peut dégrader temporairement le résultat ; cette réalité doit être visible avant la décision.

Déplacer le problème

Externaliser une tâche ne supprime pas nécessairement son coût total : il faut considérer les achats de service, la coordination et les éventuels contrôles supplémentaires. Reporter un entretien peut créer une panne future. Examiner les effets sur les autres activités et sur la durée, pas seulement sur le poste initial.

Annoncer une économie avant sa réalisation

Un objectif validé ou une négociation engagée reste une attente. Distinguer les statuts proposé, approuvé, mis en œuvre et constaté. Chaque passage doit reposer sur une preuve. Enfin, ne pas présenter une hausse de prix évitée comme une baisse des coûts existants : ce sont deux résultats utiles, mais différents.

08

Indicateurs et livrables associés

Un KPI, indicateur clé de performance, est une mesure choisie pour suivre un objectif et guider une décision. Pour les coûts, chaque indicateur doit préciser sa période, son périmètre, sa source et son responsable ; une formule sans ces éléments reste ambiguë.

  • Coût unitaire = coûts retenus / volume d'activité correspondant. Dans le cas fictif, le coût total par unité passe de 200 000 / 10 000 = 20 € à 191 000 / 10 000 = 19,10 € en première année. Le numérateur inclut ici la charge ponctuelle ; une autre convention doit être explicitée.
  • Économie nette de période = coûts de référence ajustés − coûts constatés après action, coûts de mise en œuvre inclus. La référence ajustée représente le coût attendu sans action pour les conditions effectivement observées. Dans l'exemple à activité inchangée : 200 000 − 191 000 = 9 000 €.
  • Taux d'économie nette = économie nette / coûts de référence ajustés × 100. Le dénominateur doit être positif. Dans l'exemple : 9 000 / 200 000 × 100 = 4,5 %.
  • Taux de réalisation des économies = économies constatées selon la convention retenue / économies prévues selon la même convention × 100. Ne pas comparer une économie nette de période à un objectif annuel récurrent. Si l'objectif est nul, le ratio n'est pas calculable.
  • Écart budgétaire de coûts = réel − budget. Un montant négatif est favorable pour les coûts, sous réserve des effets sur l'activité. L'écart de prévision, égal au réel moins le forecast, suit la même convention de signe ; la référence change, pas la logique du calcul.

Ajouter un garde-fou opérationnel, par exemple le taux de défauts, nombre d'unités non conformes / nombre d'unités contrôlées × 100. Une baisse des coûts accompagnée d'une dégradation de ce taux appelle une investigation.

Les livrables associés sont un tableau de coûts, une décomposition des causes d'écart, des fiches d'action et un registre des preuves. Une synthèse de décision présente les effets attendus, constatés et restant à obtenir, ainsi que les risques et corrections nécessaires.

09

Ce que change un EPM

Un EPM, système de gestion de la performance d'entreprise, réunit des fonctions de planification, d'analyse et de suivi financier. Pour le pilotage des coûts, il aide surtout à faire travailler les équipes sur des données et des règles communes ; il ne détermine pas à leur place quelles dépenses sont utiles.

Structurer et expliquer les coûts

Le système peut organiser les données par entité, service, nature de coût, période et action. Il peut appliquer des règles de répartition, rapprocher les données chargées des totaux comptables et permettre de passer d'une synthèse au détail disponible. Cela facilite la distinction entre variation réelle et changement de classement.

Prévoir et suivre les leviers

Des modèles fondés sur les volumes, les prix ou les effectifs permettent de calculer une situation sans action et différentes options. Les versions du budget et des prévisions peuvent être conservées séparément. Des circuits de validation attribuent les tâches, recueillent les commentaires et rendent visibles les décisions. Le suivi des actions doit néanmoins être conçu : il n'existe pas automatiquement avec la simple installation d'un outil.

Choisir selon le besoin

OneStream, CCH Tagetik, Oracle EPM et Anaplan proposent des capacités de planification et d'analyse pouvant contribuer à ces usages, selon les modules et la configuration retenus. SAP Analytics Cloud, Pigment, Board et Workday Adaptive Planning font également partie des solutions à examiner. La comparaison des offres doit partir des besoins de l'organisation, sans présumer de leur adéquation à chaque contexte.

L'évaluation doit porter sur un cas représentatif : expliquer un écart, simuler un levier, valider son montant et retrouver sa preuve. Vérifier les règles de calcul, les droits d'accès et les échanges avec les systèmes sources. La qualité du référentiel, la responsabilité des données et l'adoption par les équipes restent déterminantes, quel que soit l'éditeur.

10

Niveaux de maturité

La maturité se lit dans la capacité à expliquer les coûts et à vérifier les décisions, pas dans le nombre d'outils utilisés. Une organisation peut disposer d'un système sophistiqué tout en conservant des références instables ou des économies invérifiables.

Débutant : rendre les coûts visibles

Les données sont surtout regroupées par nature comptable et par service. Les responsables commentent les dépenses après leur enregistrement, souvent sans volumes associés. Les actions reposent sur des objectifs généraux de baisse, avec peu de preuves de réalisation. Le signe distinctif est une difficulté à répondre à la question : « Qu'est-ce qui a changé dans l'activité ? »

La priorité est de fiabiliser les totaux, définir les responsabilités et conserver une référence commune. Un tableau simple peut suffire si les règles sont claires et les échanges réguliers. Il faut d'abord éviter les comparaisons incohérentes et le double comptage.

Intermédiaire : relier les coûts aux causes

Les principales familles de coûts sont associées à des volumes, des prix et des contraintes identifiés. Les actions disposent d'un responsable, d'une date et d'une estimation nette. Les écarts sont expliqués, puis reliés à des décisions. Les économies prévues et constatées sont séparées.

Le signe distinctif est la capacité à établir le coût attendu pour une activité donnée et à expliquer ce qui s'en écarte. La priorité devient la cohérence entre services : mêmes conventions de mesure, vérification des transferts et intégration des actions confirmées dans les prévisions.

Avancé : arbitrer et anticiper

Les modèles permettent de comparer les effets d'une décision sur les coûts, la qualité, les capacités et les paiements. Les engagements contractuels et les délais de mise en œuvre sont visibles. Les économies sont suivies jusqu'à leur pérennisation, et les hypothèses sont réexaminées lorsqu'elles deviennent fausses.

Le signe distinctif est une discussion centrée sur les choix et leurs conséquences, plutôt que sur la seule justification des dépenses passées. La priorité reste la simplicité : conserver uniquement les détails qui améliorent une décision ou un contrôle.

11

Checklist : questions à se poser

Cette checklist sert à préparer une décision, puis à contrôler sa réalisation. Une réponse négative ne condamne pas nécessairement l'action, mais signale une hypothèse à clarifier, une preuve à obtenir ou un risque à traiter avant de communiquer une économie.

  • [ ] Les activités, entités et périodes étudiées sont-elles définies, et les coûts analysés peuvent-ils être rapprochés des comptes sans écart inexpliqué ?
  • [ ] La référence sans action est-elle datée, documentée et validée, avec une distinction explicite entre budget initial et comparaison ajustée à l'activité réelle ?
  • [ ] Les principaux coûts variables et fixes sont-ils identifiés pour la plage d'activité et l'horizon concernés, sans considérer ces catégories comme immuables ?
  • [ ] Les volumes, les prix et les consommations permettent-ils d'expliquer les variations, plutôt que de conclure à partir de la seule différence entre deux totaux ?
  • [ ] Chaque action modifie-t-elle un besoin, un contrat ou un fonctionnement identifiable, avec un responsable capable d'en assurer l'application ?
  • [ ] Les économies récurrentes, les charges ponctuelles et les hausses futures évitées sont-elles présentées séparément, selon des conventions partagées ?
  • [ ] Les délais contractuels, les engagements déjà pris et la date de début des effets ont-ils été intégrés au calcul de la période ?
  • [ ] A-t-on vérifié qu'une même économie n'est pas revendiquée par plusieurs équipes et qu'aucun coût n'est simplement transféré vers un autre service ?
  • [ ] Les conséquences sur la qualité, la sécurité, les délais et la charge de travail sont-elles mesurées, avec des conditions de correction ou d'arrêt ?
  • [ ] Les preuves attendues sont-elles définies avant le lancement, et la finance peut-elle rapprocher le gain annoncé des coûts effectivement constatés ?
  • [ ] Les effets sur les charges et sur les décaissements sont-ils distingués, sans traiter un paiement reporté comme une réduction de coût ?
  • [ ] La prévision intègre-t-elle les actions confirmées, et une règle empêche-t-elle les dépenses supprimées de revenir sans justification au prochain budget ?
12

À retenir + FAQ

À retenir. Réduire les coûts durablement demande une référence explicite, une explication des causes et des actions vérifiables. Le bon résultat n'est pas seulement un montant inférieur : c'est une consommation de ressources mieux adaptée à l'activité, sans transfert caché ni dégradation inacceptable du service.

Quelle différence entre réduire les dépenses et réduire les coûts ?

Une baisse des sommes payées peut venir d'un paiement reporté, sans changement de consommation de ressources. Réduire les coûts signifie agir sur cette consommation ou sur son prix. Il faut donc préciser si l'on mesure les charges de la période, les décaissements ou les deux. Le report d'une facture ne doit pas être annoncé comme une économie.

Comment prouver qu'une économie vient bien de l'action ?

Comparer les coûts observés à ce qu'ils auraient été sans action, avec des hypothèses documentées sur l'activité et les prix. Vérifier ensuite une preuve de mise en œuvre et une traduction financière cohérente. Si plusieurs facteurs évoluent ensemble, présenter les limites de l'attribution plutôt que d'affecter toute la baisse au plan de réduction.

Faut-il commencer par les postes les plus élevés ?

Le montant compte, mais il ne suffit pas. Un poste important peut être indispensable et peu ajustable, tandis qu'un poste plus petit peut contenir des dépenses inutiles faciles à supprimer. Prioriser selon l'économie nette, la faisabilité, le délai d'effet et les risques. Une action ne doit pas être retenue uniquement parce que son gain brut paraît élevé.

Un EPM est-il indispensable pour démarrer ?

Non. Un tableau structuré, des données fiables et une revue régulière permettent de commencer. Un EPM devient utile lorsque la diversité des entités, les règles de calcul ou les validations rendent les échanges difficiles à maîtriser. L'outil soutient une méthode ; il ne remplace ni les responsabilités ni la vérification des gains.

Une économie récurrente est-elle définitivement acquise ?

Non. Elle dépend du maintien des conditions qui la rendent possible : volume, tarif, organisation ou besoin supprimé. Un contrat peut évoluer et une dépense peut revenir. Le suivi doit donc vérifier la persistance de l'effet et distinguer la pérennisation d'une action d'une simple reconduction de son montant annoncé.

Partager
Copier

Expert Insights — article relu par

Raphael Samoun
EPM Strategist · BHI Consulting

15+ ans d'implémentation OneStream, SAP et Pigment pour des groupes du CAC 40 et Fortune 500. Cofondateur de BHI Consulting et éditeur d'EPM Radar.

Aller plus loin

Mettre « Pilotage et réduction des coûts » en pratique dans votre organisation

Un échange court avec un expert pour cadrer votre démarche de pilotage et le rôle d'un EPM.